Côte d’Ivoire : 3 ans de prison ferme pour le parlementaire malien Mahamadou Hawa Gassama

Le Tribunal de grande instance d’Abidjan a rendu son verdict ce vendredi 30 janvier 2026. L’ancien député et membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali, Mahamadou Hawa Gassama, a été condamné à trois ans de prison ferme pour offense au chef de l’État et atteinte aux institutions.


L’épilogue judiciaire d’une affaire qui tenait en haleine les chancelleries de Bamako et d’Abidjan est tombé. Après plusieurs mois de détention et une audience marquée par la contrition du prévenu, le juge a tranché : Mahamadou Hawa Gassama purgera une peine de 36 mois de prison ferme, assortie d’une amende de 500 000 FCFA.
L’affaire remonte à juillet 2025, lorsque le parlementaire malien est interpellé par la Direction de la surveillance du territoire (DST) lors d’un séjour privé en Côte d’Ivoire. En cause, des propos virulents tenus dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. L’élu y qualifiait le président Alassane Ouattara d’« ennemi du Mali » et de « déstabilisateur », allant jusqu’à remettre en cause sa nationalité ivoirienne.


Devant la barre, le prévenu de 67 ans, vêtu d’un boubou sombre, a fait le choix de la reconnaissance intégrale des faits. Délaissant l’interprète en langue bambara pour s’exprimer en français, il a réitéré ses excuses : « Je présente mes excuses au grand frère (Alassane Ouattara), à tout le peuple ivoirien et à toute sa famille », a-t-il déclaré avec émotion.


Bien que la défense, menée par l’ancien ministre malien de la Justice, Me Mamadou Ismaïla Konaté, ait plaidé la clémence en soulignant le repentir de son client, le ministère public s’est montré intraitable. Le parquet avait initialement requis la peine maximale de cinq ans, fustigeant des propos « méprisants envers les institutions de la République » et un repentir jugé « tardif ». Le tribunal a finalement opté pour une peine intermédiaire de trois ans, un signal fort dans un contexte régional où la régulation de la parole politique sur les réseaux sociaux devient un enjeu de souveraineté.


Cette condamnation intervient dans un climat de relations glaciales entre Abidjan et la junte au pouvoir à Bamako. Si les avocats de la défense espéraient que la « diplomatie judiciaire » l’emporterait pour apaiser les tensions, ce verdict ferme pourrait au contraire crisper davantage les échanges entre les deux voisins. À Bamako, la décision est scrutée de près par le Conseil National de Transition, dont M. Gassama est toujours membre. La question d’une éventuelle grâce présidentielle ou d’un aménagement de peine pourrait devenir, dans les mois à venir, le prochain levier de négociation diplomatique entre les deux États.

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