
L’affaire qui tenait le Niger en haleine depuis plus de deux ans vient de connaître un tournant majeur. Le 10 février 2026, la justice nigérienne a prononcé l’acquittement définitif de Salem Bazoum, fils du président déchu Mohamed Bazoum. Un verdict qui, au-delà de la sphère privée, résonne comme une critique cinglante de la gestion judiciaire du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP).
Un dossier vide de preuves matérielles
Inculpé au lendemain du coup d’État du 26 juillet 2023 pour « complot contre l’autorité de l’État » et « financement du terrorisme », Salem Bazoum, 23 ans, avait passé sept mois en détention à la résidence présidentielle avant de bénéficier d’une liberté provisoire en janvier 2024 grâce à une médiation togolaise.
Le verdict de la Cour est sans appel : non seulement le jeune homme est blanchi de toutes les charges, mais les magistrats ont ordonné le versement de dommages et intérêts au profit de l’intéressé. Cette décision souligne l’absence flagrante de preuves tangibles dans un dossier que beaucoup d’observateurs qualifiaient de « procès politique » dès son ouverture.
Analyse : La justice face à l’arbitraire des militaires
Si cet acquittement démontre une certaine résilience d’une partie de l’appareil judiciaire nigérien, il jette une lumière crue sur les méthodes de la junte au pouvoir :
L’instrumentalisation du droit : Les accusations graves (terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État) semblent avoir été utilisées comme des leviers de pression politique plutôt que sur la base de faits établis.
Le paradoxe sécuritaire : Alors que le CNSP justifiait son putsch par l’échec sécuritaire du régime Bazoum, le bilan actuel montre une augmentation significative de l’insécurité au Sahel. Accuser le fils d’un président déchu de financer le terrorisme, pour voir ces accusations s’effondrer devant un tribunal, décrédibilise le discours officiel de « refondation ».
Un isolement diplomatique persistant : En maintenant le président Mohamed Bazoum et son épouse Hadiza en détention arbitraire malgré les arrêts de la Cour de justice de la CEDEAO, la junte s’enferme dans une posture autoritaire qui freine le retour à une stabilité réelle.
Quel avenir pour Mohamed Bazoum ?
L’acquittement de Salem Bazoum pose désormais une question incontournable : si les charges contre le fils sont jugées infondées par la propre justice du pays, quel est le sort réservé à l’ancien président ?
Le CNSP, dirigé par le général Abdourahamane Tiani, se retrouve face à un dilemme. Continuer de retenir Mohamed Bazoum sans jugement renforce l’image d’un régime de force, tandis qu’un procès risquerait de déboucher sur un nouvel échec judiciaire, faute d’éléments concrets.
Note de la rédaction : Le Niger reste à la croisée des chemins. Entre aspirations à une souveraineté retrouvée et dérives autoritaires, la justice vient de rappeler que les slogans ne remplacent pas les preuves.

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