
© Présidence de la République du Mali
Depuis que le fracas des armes a redessiné la carte politique du Sahel, la région s’enfonce dans une crise multidimensionnelle où l’exception est devenue la règle. Si la rhétorique sécuritaire est brandie comme l’unique bouclier de légitimité par l’Alliance des États du Sahel (AES), la réalité du terrain dessine une trajectoire alarmante : celle d’un naufrage institutionnel, social et intellectuel.
L’Éclipse des Libertés : La Presse sous Étouffement
Au sein de l’AES, la promesse de sécurité sert de plus en plus de justification à une restriction assumée des libertés fondamentales. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, les régimes militaires verrouillent l’information par une politique de sanctions systématiques :
- Au Burkina Faso : Le pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré a fait de la parole libre un acte de trahison. La suspension réitérée de Radio Oméga (en 2023, puis de nouveau en août 2025) illustre cet acharnement à contrôler le récit national. Plus grave encore, des figures comme Atiana Serge Oulon, Kalafara Séré ou Adama Bayala ont subi l’enrôlement de force ou l’enlèvement après leurs prises de position critiques.
- Au Niger : L’acharnement contre les voix indépendantes ne s’arrête pas aux médias. L’arrestation et la détention prolongée de Moussa Tchangari, figure historique de la société civile et secrétaire général de l’association Alternative Espaces Citoyens, illustre la volonté de démanteler toute structure de veille citoyenne. S’y ajoutent les arrestations de journalistes comme Moussa Kaka, Ibro Chaibou ou Youssouf Seriba, et la condamnation de Serge Mathurin Adou.
- Au Mali : La pression est étouffante. Outre la condamnation de Youssouf Sissoko (journal L’Alternance) pour « atteinte au crédit de l’État » et les poursuites contre Alfousseini Togo, le régime multiplie les suspensions de médias internationaux de référence comme Jeune Afrique, s’ajoutant au bannissement de RFI et France 24.
Un Bilan en Trompe-l’œil : L’Échec Érigé en Victoire
Derrière les discours de souveraineté et la collaboration avec de nouveaux partenaires comme la Russie, le constat est amer. L’insécurité galope, jetant des milliers de familles sur les routes de l’exil intérieur. Pendant ce temps, les piliers démocratiques — à l’image des Assemblées nationales dissoutes et des partis politiques suspendus — sont balayés au profit d’un exercice solitaire et opaque du pouvoir.
Le Sacrifice du Quotidien
Pendant que l’on célèbre une indépendance de façade, les populations paient le prix fort d’une gestion défaillante :
- Une Éducation en péril : Au Mali, au Niger comme au Burkina Faso, des centaines d’écoles ferment leurs portes, condamnant l’avenir de la jeunesse à l’obscurantisme.
- Une Asphyxie économique : Les frontières verrouillées (notamment entre le Niger et le Bénin), les pénuries de carburant chroniques et une inflation galopante transforment chaque jour en une lutte brutale pour la survie.
Le constat de Reporters sans frontières est sans appel : depuis 2022, la situation de la presse connaît une dégradation continue. Dans l’espace AES, la stabilité est invoquée, mais c’est la liberté qui recule.
Cette enquête lève le voile sur ceux qui bravent l’ombre pour informer, dénoncer et défendre nos droits fondamentaux. Car là où le silence s’impose, le naufrage n’est jamais loin.

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