Welcome to Sahel d'Afrique   Click to listen highlighted text! Welcome to Sahel d'Afrique

NIGER : QUAND LE CNSP DÉVORE SES PROPRES HOMMES

Crédit photo : Colonel-major Sidi Mohamed

Il fut un temps où appartenir au premier cercle du pouvoir militaire au Niger constituait une garantie de protection. Aujourd’hui, cette certitude vole en éclats. Limogeages en cascade, audits ciblés, disgrâces brutales : le régime semble désormais engagé dans une dynamique inquiétante où il fragilise ses propres piliers.

L’éviction du Colonel-major Sidi Mohamed de la tête de l’Office des Produits Vivriers du Niger (OPVN), suivie de l’entrée en scène de l’Inspection Générale d’État, n’est pas un simple ajustement administratif. Elle s’inscrit dans une séquence désormais bien connue : écarter, exposer, puis éventuellement poursuivre. Ce mécanisme rappelle l’affaire Oubandawaki, devenue un précédent lourd de conséquences. Mais à mesure que ce schéma se répète, une interrogation plus profonde émerge : le pouvoir militaire nigérien est-il en train d’organiser sa propre instabilité ?

Officiellement, il s’agit de lutter contre la mauvaise gestion et les dérives. Officieusement, le rythme et la brutalité des décisions interrogent. Car ces limogeages ne touchent pas des figures marginales, mais bien des hommes issus du sérail, parfois membres ou proches du cœur du système. Derrière chaque éviction, un message implicite se dessine : aucune loyauté passée ne garantit la sécurité présente. Dans ce contexte, les audits ne sont plus seulement des outils de contrôle. Ils deviennent aussi des instruments de pression, voire de dissuasion politique.

Depuis plusieurs mois, des signaux faibles mais persistants traversent les cercles sécuritaires : frustrations au sein de certaines unités, tensions internes difficilement contenues, rumeurs récurrentes de tentatives de mutineries. Dans un environnement où l’information est étroitement contrôlée, ces éléments restent difficiles à documenter publiquement. Mais leur répétition suffit à installer un doute : le pouvoir fait face à une défiance qui ne vient plus seulement de l’extérieur. Dans ce climat, chaque limogeage peut être interprété comme une mesure préventive, visant à neutraliser des risques potentiels avant qu’ils ne se matérialisent.

À force de remaniements et de mises à l’écart, le régime donne l’impression de vouloir consolider son autorité. Mais cette stratégie comporte un revers majeur : elle alimente la peur, y compris dans ses propres rangs. Or, un pouvoir qui repose sur la méfiance permanente prend le risque de fragiliser sa cohésion interne, d’encourager les rivalités et d’accélérer les fractures qu’il cherche justement à contenir.

Le cas Sidi Mohamed n’est peut-être pas isolé. Il pourrait au contraire illustrer une tendance plus large : celle d’un pouvoir contraint de surveiller, puis d’écarter, ses propres alliés pour se maintenir. Dans cette logique, la frontière devient floue entre lutte contre la corruption, règlements de comptes internes et repositionnements stratégiques. Et c’est précisément dans cette confusion que naît l’instabilité.

Le paradoxe est saisissant. Arrivé au pouvoir au nom de la refondation et de la souveraineté, le régime militaire se retrouve aujourd’hui confronté à un défi interne majeur : maintenir l’unité de son propre camp. Car à mesure que les figures tombent et que les enquêtes s’ouvrent, une réalité s’impose : la menace la plus sérieuse pour le pouvoir pourrait venir de l’intérieur même du système.

Lorsque le pouvoir commence à se méfier de ses propres hommes, il entre dans une zone de turbulence. Le Niger semble aujourd’hui s’en approcher. Entre limogeages stratégiques, soupçons de malversations et tensions internes latentes, une question demeure : jusqu’où un régime peut-il se consolider en affaiblissant ceux qui le soutiennent ? À force de vouloir contrôler chaque rouage, le pouvoir nigérien prend le risque d’enrayer lui-même la machine. Et dans cette mécanique implacable, une évidence se dessine : les régimes qui dévorent leurs propres hommes finissent souvent par se fragiliser eux-mêmes.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Sahel d'Afrique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Click to listen highlighted text!