
En créant officiellement les « Domol Leydi » (« Gardiens de la terre » en langue fulfulde) lors du Conseil des ministres du 27 mars 2026 présidé par le général Abdourahamane Tiani, le pouvoir nigérien acte l’impasse de sa stratégie militaire. Cette brigade de civils armés, composée de volontaires locaux et d’anciens agents des forces de sécurité, marque un constat de carence flagrant : le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) pose ici un acte qui s’apparente à un aveu d’impuissance plutôt qu’à une stratégie de défense réfléchie.
Une mission de substitution sur le terrain
Ces nouveaux « Gardiens de la terre » se voient confier des missions régaliennes : renseignement, sensibilisation et autodéfense dans les zones que l’armée régulière ne parvient plus à sécuriser. Le contraste avec le discours fondateur de la junte est saisissant : lorsqu’ils ont renversé le président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, les militaires du CNSP avaient précisément justifié leur coup de force par la « dégradation continue de la situation sécuritaire ».
Aujourd’hui, le constat est amer. Les attaques se multiplient, les forces de défense et de sécurité (FDS) semblent acculées, et le pari sur les instructeurs russes d’Africa Corps n’a pas produit l’électrochoc attendu. C’est ce vide capacitaire que la junte tente désormais de combler par une mobilisation populaire.
Un modèle à double tranchant
En institutionnalisant ces milices de civils pour « défendre leurs terroirs », Niamey calque sa stratégie sur celle des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) du Burkina Faso voisin. Présentée par le gouvernement comme un sursaut patriotique, cette approche cache mal l’incapacité de l’armée à assurer seule la protection du territoire.
En déléguant le monopole de la violence légitime, la junte prend un risque considérable. L’histoire du Sahel est éloquente à cet égard : l’armement des populations, même encadré par d’anciens agents de sécurité, débouche fréquemment sur des dérives communautaires. Les armes distribuées aujourd’hui risquent demain d’alimenter des règlements de comptes ou de tomber aux mains de groupes incontrôlés.
Un aveu de faiblesse stratégique
L’adoption de cette ordonnance constitue une reconnaissance implicite que l’armée est en sous-effectif ou en difficulté sur certains fronts. Pour de nombreux analystes, c’est la preuve que le CNSP a épuisé ses options militaires classiques. La rhétorique de la souveraineté nationale se heurte à une réalité concrète : sans une armée capable de couvrir l’ensemble du territoire, l’État recule au profit de groupes d’autodéfense dont le contrôle lui échappera tôt ou tard.
Le général Tiani et son gouvernement jouent un pari risqué avec les « Domol Leydi ». En choisissant la voie de la milicisation, ils ouvrent une boîte de Pandore aux conséquences imprévisibles pour la cohésion sociale du Niger. L’aveu d’échec est désormais acté : la junte, qui se présentait comme le rempart de la nation, demande aujourd’hui aux citoyens de faire le travail à sa place — au péril d’une instabilité durable.

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