Burkina Faso : Traoré enterre la démocratie… et prépare son trône

Le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition au Burkina Faso, a donné le 2 avril 2026 une interview de plus de deux heures diffusée sur la Radiotélévision nationale burkinabè (RTB). Des journalistes locaux et internationaux assistaient, notamment ceux de la RAI italienne et de Sky News britannique — une ouverture aux médias rare pour un régime qui, depuis son arrivée au pouvoir le 30 septembre 2022, a suspendu ou expulsé plusieurs médias étrangers.

Sur la démocratie, il a été clair : « On ne parle même pas d’élections pour le moment. Il faut que les gens oublient la question de la démocratie. Ce n’est pas fait pour nous. » Il a ajouté que le pays vit une « Révolution Progressiste Populaire » et que « aucun pays ne s’est développé grâce à la démocratie », qu’il voit plutôt comme le résultat d’une révolution, pas comme un point de départ.

Ces déclarations viennent après une série de mesures qui ont démantelé les institutions : la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été dissoute en octobre 2025, suivie de la suppression de tous les partis politiques en février 2026. Une nouvelle charte adoptée par la junte prolonge son pouvoir de cinq ans à partir de juillet 2024, tout en permettant à Traoré de se présenter aux prochaines élections présidentielle et législatives.

À propos de son prédécesseur Paul-Henri Sandaogo Damiba, extradé du Togo en janvier 2026, Traoré a expliqué : « C’est un dossier très compliqué. Il implique beaucoup de pays qu’on n’aurait pas imaginés, et beaucoup de personnalités dans le monde. On comprend qu’il y avait une grosse machine. » Sur sa situation judiciaire, il a conclu : « Un juge l’a déjà vu. Il est entre les mains de la justice. »

En dissolvant les partis, supprimant la commission électorale et rejetant ouvertement la démocratie, tout en gardant la possibilité de se présenter aux futures élections, Ibrahim Traoré construit un pouvoir qui semble fait pour une seule personne. La question se pose : a-t-il vraiment une vision sincère pour reconstruire le Burkina Faso, ou cherche-t-il surtout à rester au pouvoir ? Sur le cas Damiba, accuser son prédécesseur d’être soutenu par « une grosse machine » et « beaucoup de pays » sans apporter de preuves claires, c’est entretenir une rumeur d’État. Des accusations aussi sérieuses nécessitent un procès public, des charges précises et des preuves qui pourront être contestées — c’est le minimum pour que la justice ne devienne pas une vengeance politique.

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