
Par un communiqué diffusé le 4 mai, le colonel Boubacar Soumana Garanké a sollicité la présence des Nigériens pour une marche de soutien au CNSP prévue pour le 9 mai. Une mobilisation présentée comme un élan patriotique — mais qui sonne creux quand on sait que ce même régime détient depuis 33 mois Mohamed Bazoum, président démocratiquement élu, séquestré sans procès valable avec son épouse, pendant que des journalistes croupissent en prison pour avoir simplement fait leur travail. La junte qui appelle le peuple dans la rue est la même qui interdit les manifestations contre l’arbitraire, la mal-gouvernance, la vie chère et l’insécurité.
C’est cette même autorité qui envoie la police contre les enseignants et les fonctionnaires réclamant leurs salaires impayés, alors que des militaires se battent au front sans percevoir leur solde, certains tombant même au combat avec plusieurs mois d’arriérés de salaire. Pendant que le peuple s’enfonce dans la précarité, une minorité au pouvoir s’adonne à une véritable prédation des ressources, s’appropriant la manne nationale et détournant les fonds publics pour asseoir son opulence. En fin de compte, c’est un système qui remplace désormais les urnes par les matraques et les débats par des arrestations.

La presse étranglée, la dissidence criminalisée
Depuis le putsch de juillet 2023, la liberté de la presse est en état de mort clinique. La Maison de la Presse (32 organisations médiatiques) a été dissoute. Des journalistes comme Ousmane Toudou, Soumana Maïga et Moussa Tchangari, arrêté chez lui par des hommes armés le 3 décembre 2024, ont été jetés en prison pour avoir fait leur travail. L’ONU, la CEDEAO, Amnesty International et Human Rights Watch ont toutes documenté et dénoncé ces violations. Toutes ont été ignorées. Dans les rédactions nigériennes, l’autocensure n’est plus un choix — c’est une question de survie.
Le pillage sous le sceau de l’arbitraire
Derrière le rideau de fumée du nationalisme, c’est l’arbitraire qui dicte désormais sa loi. En suspendant les mécanismes de contrôle et en criminalisant la critique, la junte a instauré un système de pillage systémique des ressources nationales. Tandis que le citoyen lambda est appelé à se sacrifier pour la « souveraineté », une nouvelle élite s’enrichit sur le dos de l’État. Les détournements de fonds publics et la corruption ne sont plus des exceptions, mais les piliers d’une gouvernance qui ne rend de comptes à personne. L’arbitraire n’est pas seulement politique ; il est l’outil qui permet de siphonner les richesses du Niger en toute impunité.
Le 9 mai, Bruxelles répond
Ce n’est pas un hasard. Ce même 9 mai, pendant que Niamey mobilise ses foules, la diaspora Nigérienne, Malienne et Burkinabè lance à Bruxelles l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS) — une initiative citoyenne pour défendre les droits fondamentaux et exiger le retour à l’ordre constitutionnel. D’un côté, une marche sous contrainte pour applaudir ses geôliers. De l’autre, une résistance libre, organisée et déterminée. La junte a choisi cette date. Elle savait. Mais elle ne pourra pas noyer indéfiniment la voix de ceux qui refusent de se taire.

Par : Moussa Mahamadou Nazirou



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