
Nous n’avons pas besoin de plus de bombes. Nous n’avons pas besoin de missiles. Nous avons besoin de paix. C’est par ces mots que Macky Sall a conclu son audition devant les 193 États membres de l‘ONU, le 22 avril 2026 à New York. Une formule volontairement simple, adressée à un monde fracturé — et à des membres permanents du Conseil de sécurité dont l’accord reste indispensable pour accéder au poste.
L’ancien président sénégalais est l’un des quatre candidats à la succession d’António Guterres, dont le mandat prend fin le 31 décembre 2026. Face à lui : Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine) et Rebeca Grynspan (Costa Rica). Il est le seul représentant de l’Afrique dans cette compétition diplomatique de premier plan.
Quarante ans de responsabilités publiques mis en avant
Lors de son audition de trois heures, Macky Sall a structuré son projet autour du dialogue, de l’écoute et de la consultation. « Les crises auxquelles nous assistons ne sont pas cycliques, elles sont systémiques dans leur ampleur et dans leur sévérité », a-t-il déclaré devant l’Assemblée générale, plaidant pour que les avancées technologiques, notamment l’intelligence artificielle, restent « un formidable accélérateur de progrès au service de l’humanité ».
Il a également mis en avant près de quarante ans de responsabilités publiques, du niveau local jusqu’à la présidence de la République, en passant par les fonctions de maire, ministre, Premier ministre et président de l’Assemblée nationale. Sur la sécurité au Sahel, il s’est engagé à travailler étroitement avec l’Union africaine pour débloquer la résolution 2719 du Conseil de sécurité, qui permet aux opérations africaines de bénéficier d’un financement onusien — un texte dont il reconnaît lui-même que la mise en œuvre « reste dans une impasse ».
Le paradoxe dakarois : un candidat sans parrain national
La situation diplomatique de Macky Sall reste singulière parmi les candidats en lice. Sa candidature a été déposée à l‘ONU début mars 2026 par le Burundi — alors à la présidence tournante de l’Union africaine — et non par son propre pays. Le Sénégal n’a apporté aucun soutien officiel à son ancien chef d’État.
Ce désaveu de Dakar s’explique par un contexte politique interne tendu. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, arrivés au pouvoir en 2024, ont engagé des procédures judiciaires contre des membres de l’ancien régime et accusent publiquement Macky Sall de violations graves durant sa présidence, notamment la répression de manifestations ayant fait plusieurs dizaines de morts entre 2021 et 2024, ainsi que des irrégularités dans la gestion de la dette publique. Dans le processus onusien, l’absence de parrainage du pays d’origine constitue un handicap politique réel, même si elle n’est pas formellement rédhibitoire.
L’Union africaine, de son côté, n’a pas pu porter sa candidature : vingt de ses cinquante-cinq États membres s’y sont opposés lors d’une procédure d’approbation tacite. Malgré cela, son équipe de campagne revendique le soutien d’environ 40 pays africains sur 54, un chiffre issu de ses propres communications et non d’une instance officielle.
Le jeu des grandes puissances, pièce maîtresse de l’élection
La course au Secrétariat général est autant une partie d’échecs géopolitique qu’une compétition de profils. Après les auditions publiques, le Conseil de sécurité doit se prononcer — probablement en juillet ou août — et tout candidat doit obtenir au moins neuf voix sur quinze sans essuyer le veto d’un seul des cinq membres permanents : États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni.
Sur ce point, un signal a été relevé par plusieurs chancelleries : après le dépôt officiel de sa candidature, Macky Sall a été reçu à l’Élysée par le président Emmanuel Macron. Aucune position française officielle n’a été publiée, mais la rencontre a été interprétée dans les milieux diplomatiques comme un appui implicite de Paris. La France, membre permanent doté du droit de veto, constituerait ainsi une pièce notable dans son dispositif.
La tradition non écrite de rotation régionale entre continents donne par ailleurs un avantage structurel à l’Amérique latine cette année : la région n’a compté qu’un seul Secrétaire général depuis 1991. Avec trois candidats latino-américains sur quatre, cet argument pèse dans les couloirs de New York.

Une représentation africaine absente depuis vingt ans
L’Afrique a porté deux Secrétaires généraux dans l’histoire de l‘ONU : l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali (1991–1996) et le Ghanéen Kofi Annan (1996–2006). Depuis, le continent n’occupe plus ce niveau de la gouvernance mondiale — un fait qui revient régulièrement dans les débats, sans pour autant constituer une obligation formelle.
La décision finale est attendue avant la fin de l’année 2026. D’ici là, Macky Sall devra convaincre là où les votes comptent : non pas dans l’opinion, mais derrière les portes fermées du Conseil de sécurité.
ENCADRÉ — Comment est désigné le Secrétaire général de l’ONU ?
Conformément à l’article 97 de la Charte des Nations Unies, le Secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Pour être recommandé, un candidat doit obtenir au moins neuf voix favorables sur quinze, sans que l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni) n’oppose son veto. L’Assemblée générale entérine ensuite officiellement la nomination. Le mandat est de cinq ans, renouvelable une fois.
Par : Moussa Mahamadou Nazirou


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Un candidat sans parrainage de son propre pays est tout simplement insolite. Qui plus est, il n’a pas non plus la caution de l’UA. Par ailleurs le supposé soutien de Paris risque de le desservir au regard de la perception actuelle de la majorité des Africains sur la politique africaine de la France. Macky Sall n’a aucune chance.