
On n’assassine pas les journalistes au Niger. On les neutralise juridiquement. On les épuise, on les convoque, on les relâche, on les reconvoque. Puis on les enferme.
Depuis le coup d’État de juillet 2023, la liberté de la presse au Niger n’est plus qu’un souvenir que le CNSP efface à coups de décrets. La méthode est simple. Partager une invitation à une conférence de presse sur WhatsApp ? Six mois de prison. Filmer des réfugiés qui dorment près d’un cimetière ? Mandat de dépôt. Critiquer le général Tiani dans un audio privé qui fuite ? Trente mois ferme. Au Niger du CNSP, le droit ne punit plus les délits, il punit les faits.
Cet arsenal juridique a transformé la loi sur la cybercriminalité en outil de terreur silencieuse. Résultat : des professionnels derrière les barreaux, une presse qui s’autocensure, et un pays qui enregistre la chute la plus brutale du classement RSF cette année — 37 places perdues en douze mois.
Répression généralisée
Cette logique répressive ne s’arrête pas aux journalistes. Elle touche quiconque ose exister en dehors du récit officiel. Mohamed Bazoum, président élu démocratiquement, croupit lui aussi en détention depuis juillet 2023 — sans procès, sans accès régulier à sa famille, et menacé de déchéance de sa nationalité nigérienne. Un sort déjà réservé à plusieurs de ses proches collaborateurs, officiellement déchus de leur nationalité par décret. La même mécanique, le même arsenal juridique, le même silence imposé. Quand un régime emprisonne son propre président élu et déchoit ses citoyens de leur nationalité, il n’y a plus de ligne rouge – il n’y en a jamais eu.
Libérations trompeuses
Les libérations récentes de Zada Hassane Badjé de Toubal Infos et de Gazali Abdou Tasawa de la Deutsche Welle, annoncées dans les cercles journalistiques de Niamey, ne doivent pas faire illusion. Elles font partie du mécanisme : on relâche l’un pour mieux oublier les autres. Car pendant ce temps, Ibro Chaibou, Youssouf Sériba et Oumarou Abou Kané croupissent à Kollo depuis novembre 2025 pour avoir partagé une invitation sur WhatsApp. Hamid Mahmoud de Sahara FM attend depuis mai 2025, plus d’un an. Serge Mathurin Adou purge deux ans ferme à la prison civile de Niamey. Et Moussa Tchangari, figure historique des droits humains au Niger, est isolé à Filingué depuis décembre 2024, à 200 km de Niamey, sous des charges qui peuvent lui coûter la vie.
Par : Moussa Mahamadou Nazirou
❱❱ À lire aussi



Laisser un commentaire