
La tension entre les autorités burkinabè et la communauté musulmane sunnite a franchi un nouveau cap ce jeudi. Le Gouverneur de la Région du Kadiogo, Abdoulaye Bassinga, a ordonné par arrêté la fermeture jusqu’à nouvel ordre de la grande mosquée du mouvement sunnite de Ouagadougou, située sur les parcelles 02 et 03, lot 11, section 019, à la Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA). La mesure, motivée par un « risque de troubles à l’ordre public », est entrée en vigueur ce 28 mai 2026. Le Commandant de la 3e Légion de Gendarmerie et le Directeur régional de la Police nationale du Kadiogo sont chargés de son exécution.
Cette décision intervient quarante-huit heures seulement après l’arrestation musclée de l’imam Dr Mohamed Ishaq Kindo. Vice-président du Mouvement sunnite et figure religieuse influente, il a été appréhendé mardi après-midi par des policiers et des militaires encagoulés, à la suite d’un prêche prononcé le dimanche précédent et de ses prises de position contre un avant-projet de loi visant à interdire les signes religieux dans les services publics. Conduit vers une destination inconnue, il demeure introuvable.
La FAIB a confirmé l’interpellation dans un communiqué, indiquant avoir engagé des démarches auprès des autorités afin d’obtenir des explications, tout en appelant les fidèles au calme et à la retenue. Ces appels n’ont pas empêché des centaines de personnes de descendre dans les rues de Ouagadougou, dispersées par les forces de l’ordre au gaz lacrymogène.
La fermeture de la mosquée, effective la veille du vendredi — jour de la grande prière hebdomadaire — risque d’attiser davantage les tensions. Ni le lieu de détention de l’imam Kindo, ni les charges officielles retenues contre lui ne sont connus à cette heure.

Les gens ont peur de parler. Même les commerçants du quartier ZACA baissent la voix quand on aborde le sujet », glisse un habitant du quartier à notre correspondant, qui précise que plusieurs fidèles contactés ont refusé de témoigner, craignant des représailles dans un pays où la liberté d’expression est aujourd’hui sévèrement encadrée par le régime militaire.
Notre correspondant rapporte par ailleurs que les abords de la mosquée sont gardés depuis ce matin par des éléments en uniforme, et que aucune information officielle sur le sort de l’imam Kindo n’a filtré malgré les démarches de la FAIB — une opacité devenue tristement habituelle dans la gestion des dossiers sensibles à Ouagadougou depuis l’avènement de la junte.
Par : D. Ouédraogo – correspondant Burkina
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