Kemi Seba arrêté en Afrique du Sud : la longue fuite d’un activiste rattrapé par la justice

Le 15 avril 2026, le militant panafricaniste Kemi Seba a été interpellé sur le sol sud-africain, avant d’être déféré devant la justice à Pretoria. Cette arrestation, confirmée par plusieurs sources concordantes dont la radio béninoise Bip Radio et relayée par France 24, marque un tournant dans une affaire judiciaire à ramifications internationales, ouverte quatre mois plus tôt à Cotonou.


Les faits : que s’est-il passé ?

Stellio Gilles Robert Capo Chichi le 9 décembre 1981 à Strasbourg, Kemi Seba est le fondateur de l’ONG Urgences Panafricanistes et conseiller spécial du général Abdourahamane Tiani, chef de la junte militaire au Niger depuis août 2024. Depuis plusieurs années, il est l’une des voix les plus radicales du panafricanisme anti-occidental sur le continent.

Le 7 décembre 2025, une tentative de coup d’État secouait le Bénin. Alors que les forces loyalistes reprenaient le dessus sur les mutins, Kemi Seba publiait une vidéo depuis l’étranger saluant ce qu’il appelait « le jour de la libération » et affirmant — à tort — que le président Patrice Talon avait été « mis aux arrêts ». Le putsch était finalement déjoué.

Le 12 décembre 2025, la CRIET — Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme du Bénin — émettait un mandat d’arrêt international contre lui, pour apologie de crimes contre la sûreté de l’État, incitation à la rébellion et incitation à la violence.

Quatre mois de cavale plus tard, il est interpellé en Afrique du Sud, alors qu’il tentait de rejoindre le Mozambique. Il est conduit à Pretoria, placé en détention provisoire. Une audience judiciaire est fixée au 20 avril 2026, qui devra statuer sur une éventuelle extradition vers le Bénin.


Ce que disent les sources — et ce qui reste à établir

L’arrestation est confirmée par de multiples médias sérieux. En revanche, plusieurs détails circulent sur les réseaux sociaux sans vérification officielle à ce stade : les motifs précis retenus par les autorités sud-africaines n’ont pas été détaillés publiquement, et la procédure d’extradition formelle n’a pas encore été officiellement confirmée par Pretoria. Kemi Seba aurait par ailleurs exprimé sa préférence pour un transfert vers le Niger — ce qui pourrait compliquer les démarches béninoises.

Sahel d’Afrique s’en tient aux faits établis et continuera de suivre l’évolution de ce dossier.


Les coups d’État sont des crimes. Leurs soutiens le savent

Au-delà du cas Kemi Seba, cette arrestation rappelle une vérité juridique et politique que l’on a tendance à oublier dans le bruit des réseaux sociaux : soutenir un coup d’État est un crime.

Ce n’est pas une opinion. C’est inscrit noir sur blanc dans les constitutions de la plupart des États africains, dans la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de l’Union africaine, et dans les chartes des organisations sous-régionales comme la CEDEAO. Les putschistes eux-mêmes ont intégré cette norme dans les textes qu’ils prétendent défendre — ou qu’ils ont rédigés une fois au pouvoir.

Or depuis plusieurs années, une rhétorique dangereuse s’est développée sur le continent : celle qui présente le coup d’État militaire comme un acte de souveraineté populaire, voire de libération nationale. Des influenceurs, des activistes, des figures médiatiques ont porté ce discours avec une légèreté qui confond enthousiasme politique et complicité pénale.

L’histoire est implacable sur ce point. Ceux qui légitiment ou soutiennent les ruptures violentes de l’ordre constitutionnel finissent, tôt ou tard, confrontés à leurs propres contradictions. Lorsqu’un autre militaire reproduit le même schéma dans un pays qu’ils soutenaient, ces mêmes soutiens n’ont plus ni refuge, ni cohérence, ni protection. Les juntes ne respectent pas leurs alliés d’hier — elles les instrumentalisent, puis les lâchent.

Vivre dans la clandestinité, restreindre ses mouvements, changer de pays au gré des pressions judiciaires : c’est la réalité de ceux qui ont choisi de jouer avec le feu constitutionnel. L’arrestation de Kemi Seba en est l’illustration la plus récente.


La justice n’a pas de frontières

Kemi Seba n’est pas le premier activiste à payer le prix de ses prises de position politiques sur un continent où la frontière entre militantisme et complicité est souvent poreuse. Mais son cas pose une question que chaque acteur politique, chaque journaliste, chaque citoyen doit se poser : jusqu’où peut-on aller dans le soutien à des ruptures anticonstitutionnelles au nom d’un idéal de souveraineté ?

La justice, elle, a répondu. Et elle l’a fait en traversant les frontières.

Par : Moussa Mahamadou Nazirou

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