
À une semaines de la Journée internationale du Travail, le Secrétaire Général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin, Kassa Mampo Nagnini, a sonné la mobilisation générale. Dans un contexte post-électoral inédit, ce 1er Mai 2026 s’annonce comme un moment de reconquête des droits syndicaux.
COTONOU, 23 avril 2026 — La Bourse du Travail de Cotonou a servi de tribune ce mercredi à Kassa Mampo Nagnini, Secrétaire Général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB). Face aux militants et à la presse, le dirigeant syndical a tenu un point de presse pour annoncer le programme du 1er Mai 2026 et appeler à une mobilisation sans précédent dans les rues de la capitale économique et dans les départements du pays.
De Chicago à Cotonou : aux origines du 1er Mai
Avant de dévoiler les contours de la commémoration béninoise, le SG de la CSTB a rappelé l’histoire universelle de cette journée. Tout commence en 1886 à Chicago, où des ouvriers entament une grève historique pour obtenir la journée de travail de huit heures. Cette lutte, réprimée dans le sang, donnera naissance au symbole mondial de la défense des droits des travailleurs que le monde entier célèbre aujourd’hui.
Kassa Mampo Nagnini a également dressé un panorama des formes de commémoration à travers le monde : défilés revendicatifs, meetings syndicaux et, dans certains pays, grèves symboliques. Un héritage universel que le mouvement syndical béninois revendique pleinement.
53 ans de commémoration au Bénin : une histoire de conquêtes et de reculs
De 1972 à 2025, la célébration du 1er Mai au Bénin a traversé plusieurs ères politiques, chacune laissant son empreinte sur l’exercice des droits syndicaux. Le Secrétaire Général de la CSTB en a brossé une fresque chronologique saisissante.
🔴 Ère PRPB — Mathieu Kérékou
Sous le régime révolutionnaire du Parti de la Révolution Populaire du Bénin, le 1er Mai était avant tout un rituel officiel : de grands défilés se tenaient devant le Chef de l’État, davantage tributaires de la propagande étatique que des revendications des travailleurs eux-mêmes.
🔴 Renouveau démocratique — Années 1990
Avec l’avènement de la démocratie, la Journée du Travail retrouve sa vocation revendicative. Les syndicats organisent des marches et remettent des cahiers de doléances aux autorités, réinvestissant l’espace public comme lieu d’expression sociale.
🔴 Ère Yayi Boni — Début de la régression
C’est sous la présidence de Thomas Boni Yayi que la CSTB situe le début de ce qu’elle qualifie de « remise en cause progressive des acquis des travailleurs ». Cette période est notamment marquée par deux épisodes de répression violente : la fusillade de Fawaz El Hadj Kouabi lors d’une manifestation pacifique à Natitingou, et la répression d’une marche de travailleurs devant la Bourse du Travail de Cotonou. C’est également sous ce régime que le droit de grève a été retiré aux agents des douanes.
🔴 Gouvernement Patrice Talon — Aggravation dénoncée
La CSTB dénonce une intensification des restrictions : interdictions répétées de manifestations pacifiques, nouvelles limitations du droit de grève, et arrestations de travailleurs lors de chaque commémoration du 1er Mai jusqu’en 2025. Le SG de la CSTB a martelé que ces arrestations visaient délibérément à empêcher la tenue des commémorations.
« Chaque 1er Mai jusqu’en 2025, des travailleurs manifestant pacifiquement ont été arrêtés dans le seul but d’empêcher la commémoration de cette journée historique. »
— Kassa Mampo Nagnini, Secrétaire Général de la CSTB, Cotonou, 23 avril 2026
1er Mai 2026 : un tournant politique pour les travailleurs béninois
Pour la CSTB, la Journée du Travail 2026 revêt une signification particulière. Elle intervient dans le sillage de l’élection d’un nouveau président, Romuald Wadagni, marquant ainsi un changement de cycle politique au Bénin. Une opportunité que le syndicat entend saisir pour remettre les droits des travailleurs au cœur du débat national.
Pour Kassa Mampo Nagnini, ce 1er Mai doit être celui de la reconquête. Il appelle « tous les travailleurs, du public comme du privé, du formel comme de l’informel » à investir les rues de Cotonou et des chefs-lieux de département. L’objectif est clair : porter haut les revendications sociales et exiger du nouvel exécutif la restauration pleine et entière des libertés syndicales, du droit de grève et du droit de manifestation.
Ce rendez-vous s’annonce comme l’un des plus significatifs de l’histoire syndicale récente du Bénin, à la croisée d’une mémoire collective de luttes et d’une ambition politique renouvelée. La réponse des travailleurs béninois le 1er Mai 2026 dira beaucoup de l’état des rapports de force entre le mouvement syndical et le nouvel exécutif.
APPEL OFFICIEL DE LA CSTB
La Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin invite l’ensemble des travailleuses et travailleurs — du secteur public, du privé, du formel et de l’informel — à rejoindre la mobilisation du 1er Mai 2026 à Cotonou et dans tous les départements du pays. L’heure est à la reconquête des droits syndicaux et à l’affirmation de la dignité du monde du travail.
Source : CCom/CSTB — Point de presse de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin, Bourse du Travail de Cotonou, 23 avril 2026.
Par : Moussa Mahamadou Nazirou



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