Mali : faute de victoires militaires, deux journalistes placés sous mandat de dépôt en 48 heures

Chahana Takiou et Abdramane Keïta

Au Mali, deux directeurs de publication ont été incarcérés à quelques jours d’intervalle après s’être exprimés sur la situation du pays lors d’événements publics.

Chahana Takiou, directeur de publication du bihebdomadaire 22 Septembre, a été convoqué lundi 8 juin par le procureur du pôle judiciaire de lutte contre la cybercriminalité. Cette convocation intervient deux jours après la clôture du Forum panafricain des médias, tenu à Bamako du 3 au 6 juin, lors duquel il avait déclaré qu’il n’y avait « aucune dynamique de paix au Mali » et critiqué le recours à la loi sur la cybercriminalité pour poursuivre les journalistes, plutôt que le régime des délits de presse. Entendu pendant plusieurs heures, il a été placé sous mandat de dépôt pour « atteinte au crédit de l’État à travers l’institution judiciaire ». Son procès est fixé au 27 juillet.

Le lendemain, mardi 9 juin, c’est Abdrahamane Keïta, du journal Le Témoin, qui a été placé sous mandat de dépôt par le même pôle judiciaire. Il avait déploré que Kidal, ville sous contrôle de groupes armés depuis le 25 avril, soit désormais « administrée » par un chef du JNIM.

La Maison de la presse et les organisations professionnelles des médias maliens ont condamné ces deux mandats de dépôt, évoquant un signal préoccupant pour l’ensemble de la profession. Les deux journalistes restent actuellement détenus.

Ces deux arrestations s’ajoutent à une série de poursuites visant des voix critiques au Mali ces derniers mois. Le journaliste Youssouf Sissoko avait, par exemple, été condamné en mars à deux ans de prison ferme par ce même pôle anti-cybercriminalité — un cas que Chahana Takiou avait lui-même cité quelques jours avant sa propre arrestation pour illustrer ce qu’il dénonçait comme un détournement de la procédure prévue pour les délits de presse.

Reporters Sans Frontières (RSF) a également réagi, qualifiant ces arrestations d’« arbitraires » par la voix de Sadibou Marong, son directeur pour l’Afrique de l’Ouest. L’organisation estime que Chahana Takiou n’a fait qu’exprimer une analyse critique sur l’usage de la loi sur la cybercriminalité contre les journalistes, et appelle les autorités à libérer les deux détenus. Human Rights Watch a formulé une critique similaire, dénonçant le recours systématique à cette législation pour contourner les protections prévues par le droit de la presse.

Par : La Rédaction

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