Mali : Le fils de l’opposant Mountaga Tall disparaît à son tour à Bamako

Le collectif des avocats de la famille Tall tire la sonnette d’alarme. Après l’enlèvement de Maître Mountaga Tall début mai, c’est désormais son fils aîné qui a disparu. Deux hommes. Une même famille. Un même silence des autorités militaires.

Dans la nuit du 2 au 3 mai 2026, Maître Mountaga Tall, avocat réputé et figure de l’opposition malienne, est enlevé à son domicile de Bamako par des hommes armés et cagoulés, identifiés comme des agents de la Sécurité d’État. Aucune procédure légale. Aucune communication officielle. Aucun lieu de détention connu.

Trois semaines plus tard, le 16 mai, son fils aîné, Cheick Mamadou Tall, informaticien de profession, reçoit un appel téléphonique mystérieux. Son interlocuteur lui permet d’échanger avec son père — ou ce qui ressemble à sa voix, ses proches n’écartant pas l’hypothèse d’une voix générée par intelligence artificielle. Un rendez-vous est fixé dans le quartier d’ACI 2000, à Bamako, pour remettre des affaires : lunettes, vêtements, médicaments. Cheick Mamadou Tall part vers 17h30. Il ne rentrera jamais.

Dans un communiqué transmis à l’AFP le 20 mai, quatre avocats mandatés par la famille expriment leur « vive consternation » et qualifient ces disparitions d’« actes illégaux ». Ils appellent les autorités administratives et judiciaires à tout mettre en œuvre pour que le père et le fils « recouvrent leur liberté » et que la lumière soit faite sur les circonstances de leur enlèvement.

L’entourage de la famille va plus loin, dénonçant ouvertement un « moyen de pression » destiné à extorquer des aveux à Maître Mountaga Tall, toujours détenu dans un lieu inconnu.

Le 18 mai, Amnesty International a publié un communiqué appelant les autorités maliennes à enquêter et à « révéler de toute urgence » le sort des deux hommes.

Mountaga Tall n’est pas un inconnu à Bamako. Président du CNID, il a joué un rôle central au sein du mouvement M5-RFP, la coalition qui a contribué à la chute de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. Après avoir soutenu la transition militaire à ses débuts, il avait progressivement pris ses distances avec les généraux au pouvoir.

Ces derniers mois, il s’était illustré en défendant des militaires poursuivis pour « tentative de déstabilisation des institutions » et en déposant des recours judiciaires contre la dissolution des partis politiques décrétée par la junte — une ligne rouge que le régime de Bamako ne lui a visiblement pas pardonnée.

À ce jour, la junte militaire malienne n’a émis aucune déclaration officielle sur ces deux disparitions. Aucun mandat d’arrêt n’a été rendu public, aucune inculpation n’a été prononcée, et aucun lieu de détention n’a été communiqué.

Les faits parlent d’eux-mêmes : un avocat enlevé pour avoir défendu la loi, un fils piégé pour avoir voulu aider son père. Dans un Mali où les partis politiques sont dissous, la presse muselée et les recours judiciaires ignorés, la famille Tall incarne aujourd’hui le visage humain d’une répression qui ne dit pas son nom.

Par : Moussa Mahamadou Nazirou

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