Centrafrique : Gouvernement Moloua III, Touadéra recycle ses ministres comme la Constitution

Le décret n° 26.146, rendu public le 21 mai 2026, a officialisé la composition du nouveau gouvernement centrafricain : quatre ministres d’État, vingt-six ministres et deux ministres délégués, nommés ou confirmés sur proposition du Premier ministre Félix Moloua. Ce même Moloua qui, six jours plus tôt, avait présenté sa démission — avant d’être reconduit dans ses fonctions moins de 48 heures pus tard. Le ballet d’un renouvellement qui ne renouvelle rien.

Sur les 32 membres de ce cabinet, seulement dix visages sont nouveaux. Le reste constitue une reconduction quasi intégrale des équipes précédentes, largement dominées par des personnalités proches du Mouvement Cœurs Unis (MCU), le parti présidentiel. L’opposition, qui avait boycotté l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, est absente de toute représentation gouvernementale significative.

Le signal le plus frappant de cette formation reste cependant l’oubli initial du ministère des Arts, de la Culture et du Tourisme lors de la lecture du décret. Un portefeuille purement et simplement rayé de l’organigramme le premier jour, avant qu’un nouveau ministre ne soit nommé en urgence le lendemain pour corriger cet oubli historique. Cet épisode révèle, selon les observateurs, « une précipitation évidente et un manque de professionnalisme au sommet de l’État ».

C’est le cœur du débat qui fracture la société centrafricaine depuis 2022. La Constitution de 2016 fixait explicitement le nombre de mandats présidentiels à deux, d’une durée de cinq ans chacun. Faustin-Archange Touadéra avait lui-même prêté serment sur cette loi fondamentale, s’engageant solennellement à ne pas en réviser les dispositions relatives à son mandat.

Dès 2022, ses tentatives de révision constitutionnelle se sont heurtées à la Cour constitutionnelle, qui a invalidé ses démarches en rappelant qu’une telle révision exige préalablement la mise en place du Sénat. Qu’à cela ne tienne : l’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, Danièle Darlan, qui refusait de valider ces manœuvres, a été immédiatement limogée et remplacée par Jean-Pierre Waboué, jugé plus docile. Ce dernier accepte de rédiger une Constitution entièrement nouvelle, taillée sur mesure pour les ambitions du président.

Le 30 juillet 2023, un référendum a approuvé cette nouvelle loi fondamentale. Elle supprime toute limitation des mandats présidentiels, les allonge de cinq à sept ans, et remet le compteur de Touadéra à zéro. Pour l’opposition et une large partie de la société civile, il s’agit d’une violation directe de la Constitution originelle et d’un parjure caractérisé.

Le 28 décembre 2025, Touadéra a été déclaré vainqueur avec 76,15 % des voix. La principale coalition d’opposition a boycotté le scrutin, dénonçant un processus biaisé et une mascarade électorale. Le 30 mars 2026, il a prêté serment pour un troisième mandat de sept ans, inaugurant officiellement la « VIIe République » — une République bâtie non pas sur la volonté du peuple, mais sur la destruction méthodique de ses garde-fous constitutionnels.

Au-delà de la querelle constitutionnelle, c’est l’État réel du pays qui interpelle. Lors de son investiture, Touadéra a promis une économie plus diversifiée, plus productive et plus attractive pour les investisseurs. Mais les défis demeurent immenses : chômage persistant, infrastructures dégradées, dépendance totale envers les forces russes et rwandaises pour maintenir une stabilité fragile, groupes armés dont les accords de paix restent aussi précaires qu’éphémères.

Le gouvernement Moloua III hérite de ces contradictions sans y apporter de réponse nouvelle. Avec une majorité parlementaire acquise et un appareil d’État entièrement fidélisé, Touadéra dispose d’une marge de manœuvre politique inédite. Mais cette concentration absolue du pouvoir, sans contrepoids institutionnel, sans opposition représentée, sans presse libre ni société civile protégée, est précisément ce que ses détracteurs dénoncent comme le visage d’une dérive autoritaire consommée.

Un Premier ministre démissionnaire reconduit en 48 heures. Dix nouveaux ministres sur vingt-neuf pour habiller une continuité totale. « Ce gouvernement ne marque pas un nouveau départ pour la Centrafrique — il en confirme l’immobilisme », a déclaré à notre rédaction Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC).

« Les Centrafricains attendent. Pas des remaniements cosmétiques ni des décrets dont l’encre sèche avant les effets concrets — mais des routes, des écoles, des emplois, la sécurité, le respect des institutions, et une gouvernance à la hauteur d’un pays qui, malgré ses richesses naturelles immenses, demeure l’un des plus pauvres et des plus fragiles du monde », a-t-il ajouté.

Les Centrafricains attendent. Pas des remaniements cosmétiques ni des décrets dont l’encre est à peine sèche avant d’avoir des effets concrets, mais des routes, des écoles, des emplois, et une gouvernance à la hauteur d’un pays qui, malgré ses richesses naturelles immenses, demeure l’un des plus pauvres et des plus fragiles du monde.

Par : Moussa Mahamadou Nazirou

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