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Niger — Dr Elisabeth Shérif : hier avec Tchangari pour la vérité, aujourd’hui complice de la junte dans le naufrage de l’école nigérienne

Photo : Dr Elisabeth Shérif, ministre de l’Éducation nationale, lors des examens du BEPC session 2026. © DR

Il fut un temps où Dr Elisabeth Shérif parlait de bonne gouvernance, de transparence, d’équité. Elle le faisait haut et fort, aux côtés de voix courageuses comme celle du journaliste et défenseur des droits humains Moussa Tchangari, aujourd’hui jeté en prison depuis deux ans par le régime qu’elle sert désormais en silence. Ce temps-là est révolu. Ce que le BEPC 2026 vient de révéler au grand jour, c’est non seulement l’effondrement d’un examen national, mais la faillite morale d’une ministre qui a choisi son poste contre ses principes — et l’incompétence criante d’une junte militaire incapable de gérer autre chose que ses propres intérêts.

Je suis enseignant dans la région de Tillabéri. Pas dans un bureau. Pas devant une caméra. Dans une salle de classe, face à des enfants qui croient encore que l’école peut changer leur vie. Cette année, le système leur a craché au visage. Et je ne peux plus me taire.

Le scandale qui éclaboussera longtemps le Niger

Les faits sont établis et accablants. Lors du BEPC session 2026, des sujets ont été vendus et circulent avant les épreuves. Les candidats se promenaient avec les sujets de français et de physique-chimie en poche avant même d’entrer dans les salles d’examen. Prise de court, l’administration a tenté de sauver les apparences en remplaçant le sujet d’histoire-géographie en urgence. La solution retenue par le ministère de Dr Elisabeth Shérif ? Dicter le sujet de remplacement au tableau noir, devant des candidats sidérés.

Du jamais vu dans l’histoire des examens nationaux du Niger.

Ce n’est pas un incident technique. C’est un effondrement institutionnel.

Des centaines d’enfants privés d’examen

Ce que les communiqués officiels ne disent pas, c’est que dans plusieurs localités du pays, des enfants n’ont tout simplement pas pu composer. Dans la région de Tillabéri, ma région, des candidats ont été écartés de l’examen. Il en va de même dans certaines localités de Dosso, de Diffa et de Tahoua.

Ces enfants avaient travaillé. Ces enfants s’étaient préparés. Ces enfants avaient des rêves.

Personne au ministère de Dr Elisabeth Shérif ne semble s’en préoccuper.

L’argent des armes contre l’avenir des enfants

Il faut nommer les choses. Depuis l’avènement du régime militaire, les priorités budgétaires du Niger ont été radicalement inversées. Les dépenses militaires ont explosé. L’éducation nationale, elle, suffoque.

Les enseignants contractuels attendent leurs pécules pendant des mois, paralysant les cours. Les établissements manquent du minimum. Les examens nationaux s’organisent dans la précipitation et le chaos faute de moyens humains et financiers suffisants.

Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique assumé, dont les premières victimes sont les enfants nigériens.

Un pays qui sacrifie son école sur l’autel des dépenses militaires prépare sa propre ruine.

Dr Elisabeth Shérif : le visage d’une gouvernance défaillante

La ministre de l’Éducation nationale, Dr Elisabeth Shérif, ne peut pas se défausser. Elle est la première responsable de ce désastre. C’est sous sa supervision que les sujets ont fuité. C’est sous son autorité que des cadres expérimentés — dont des responsables chevronnés de l’organisation des examens — auraient été écartés au profit de proches et de connaissances personnelles, selon des sources concordantes.

Il fut un temps où Dr Elisabeth Shérif fréquentait des voix libres, défendait publiquement la bonne gouvernance et réclamait la transparence aux côtés de Moussa Tchangari. Ce même Moussa Tchangari, journaliste et défenseur des droits humains, croupit aujourd’hui en détention depuis près de trois ans, sans jugement équitable, emprisonné par le régime qu’elle sert désormais sans mot dire.

Trois ans de silence complice. Trois ans pendant lesquels les uns après les autres ont choisi leur poste contre leur conscience. Dr Elisabeth Shérif a fait ce choix. L’école nigérienne en paie aujourd’hui le prix.

Aujourd’hui, elle organise des montées des couleurs, multiplie les apparitions médiatiques et soigne son image. Pendant ce temps, ses examens s’effondrent, ses enseignants ne sont pas payés et ses élèves sont abandonnés.

Quand se maintenir au pouvoir devient plus important que servir les enfants du Niger, c’est l’école entière qui en paie le prix.

Tillabéri, Dosso, Diffa, Tahoua : le Niger profond crie dans le désert

Je pense ce matin aux enfants de Tillabéri qui n’ont pas pu passer leur examen. À ceux de Dosso, de Diffa, de Tahoua qui ont attendu en vain devant des centres fermés ou désorganisés. À ceux qui ont marché des heures pour rien. À ceux dont les mères ont vendu ce qu’elles avaient pour payer les frais d’inscription.

Ces enfants ne font pas la une des journaux de Niamey. Ils n’ont pas de porte-parole au gouvernement. Ils n’ont que nous — leurs enseignants — pour dire ce qu’ils vivent.

Alors je le dis : le Niger leur doit une justice.

Ce que nous exigeons

Les responsables de la fuite des sujets, à tous les niveaux de la hiérarchie, doivent être identifiés, jugés et sanctionnés. Les candidats lésés dans les régions de Tillabéri, Dosso, Diffa et Tahoua doivent être entendus et une solution équitable leur être proposée. Le budget de l’éducation doit être sanctuarisé et protégé des arbitrages politiques. Les cadres compétents écartés doivent être réintégrés dans leurs fonctions.

Et si Dr Elisabeth Shérif n’est pas en mesure de porter ces réformes, elle a le devoir moral de quitter son poste.

Les enfants du Niger n’ont pas le temps d’attendre une ministre qui gère son image pendant que leur avenir brûle.

Tribune rédigée par un enseignant en activité dans la région de Tillabéri, qui a choisi de garder l’anonymat en raison du contexte sécuritaire et politique actuel au Niger. Les faits rapportés sont établis sur la base d’informations recoupées. Les allégations non confirmées sont présentées comme telles.

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