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Mali : Offensive sur Anéfis, la réalité du terrain contredit la communication officielle

Entre communiqués triomphalistes et vidéos de combat, le récit officiel de l’offensive du FLA vacille. Sur le terrain, la réalité des affrontements dessine une tout autre issue.

Depuis le samedi 4 juillet, le nord du Mali est de nouveau sous haute tension. En quelques heures, cinq localités — Gao, Anéfis, Aguelhok, Sévaré, ainsi que la prison de Kéniéroba au sud de Bamako, ont été la cible d’une offensive coordonnée par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Deux jours plus tard, les combats font rage aux abords d’Anéfis, dernier verrou stratégique de l’armée malienne (FAMa) et des paramilitaires russes d’Africa Corps dans la région de Kidal.

Un communiqué, deux réalités

Dès le premier jour, l’État-major général des Armées a affirmé que les attaques avaient été « vigoureusement repoussées » et que la situation était « totalement sous contrôle ». Un bilan chiffré a suivi : vingt « terroristes » neutralisés à Sévaré, six à Gao, pour une seule perte reconnue côté FAMa. Si ce ton sobre est devenu la marque de fabrique de la communication militaire malienne depuis 2021, il se heurte aujourd’hui violemment à la réalité du terrain.

Joint par notre correspondant local au Mali, un élu de la zone d’Anéfis livre un récit bien plus sombre pour le pouvoir central : les rebelles du FLA contrôleraient la ville, les paramilitaires russes seraient retranchés dans leur camp assiégé, et de nombreux soldats maliens auraient été faits prisonniers. De son côté, le FLA revendique la prise de plusieurs postes, la destruction d’un convoi de renfort d’Africa Corps par un attentat à la voiture piégée — opération attribuée au JNIM — ainsi que la destruction d’un hélicoptère et la saisie de nombreux véhicules. Si ces affirmations restent à confirmer, elles dessinent une situation critique que les canaux officiels omettent soigneusement.

Anéfis, dernier bastion avant la rupture

L’enjeu dépasse la simple escarmouche. Anéfis et Aguelhok sont les deux dernières positions de la région de Kidal encore tenues par l’armée malienne, depuis que les attaques du 25 avril ont fait basculer Kidal et coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara. La chute d’Anéfis marquerait une étape symbolique : la perte totale de contrôle de la région de Kidal par Bamako. Un basculement territorial que l’exécutif refuse de nommer.

Cette stratégie du silence ne surprend plus les observateurs. Depuis le début de l’insurrection, les autorités maliennes martèlent leurs succès contre les « terroristes » tout en observant un mutisme quasi total sur leurs propres pertes. Un déséquilibre informationnel dénoncé à plusieurs reprises par des organisations comme Human Rights Watch.

La guerre des images

La bataille est aussi visuelle. Les images diffusées par le JNIM, montrant des frappes contre un convoi de renfort en route vers Anéfis, illustrent une dimension cruciale du conflit : la guerre du récit. D’un côté, des vidéos de colonnes de pick-up rebelles pavoisant en ville ; de l’autre, des communiqués institutionnels laconiques.

Ce qui est incontestable, en revanche, c’est le contexte : cette offensive survient deux mois seulement après celle du 25 avril, la plus importante depuis la rébellion de 2012.

Elle confirme que ni la perte de Kidal ni les opérations aériennes intensives n’ont entamé la capacité de nuisance de l’alliance FLA-JNIM. Pour les experts régionaux, cette séquence ne laisse guère de doute : il s’agit d’une stratégie d’usure implacable visant à isoler et à fragiliser durablement la junte au pouvoir.

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