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RDC – Affaire des experts de l’ONU : un colonel condamné à mort, mais les commanditaires restent dans l’ombre

© A. Hampton / Le colonel Mambweni et José Tshibuabua.

Neuf ans après les faits, la justice militaire congolaise a rendu un verdict lourd de symboles, mais qui laisse encore bien des questions sans réponse.

Le vendredi 5 juin 2026, la Haute Cour militaire siégeant à Kinshasa a clôturé le procès en appel relatif au meurtre de deux experts des Nations Unies — Zaida Catalán et Michael Sharp — tués le 12 mars 2017 dans la région du Kasaï. Au cœur de cette décision : le colonel Jean de Dieu Mambweni, des Forces armées de la RDC (FARDC), reconnu coupable de crime de guerre pour avoir participé au complot ayant conduit à l’assassinat des deux enquêteurs onusiens.

En première instance, en 2022, le colonel Mambweni avait été condamné à dix ans de servitude pénale pour violation des consignes et non-assistance à personne en danger. Le ministère public militaire avait interjeté appel, estimant que sa responsabilité dans les faits était bien plus grande que celle retenue lors du premier jugement.

Ce vendredi 5 juin, la Haute Cour militaire a condamné à la peine de mort l’ensemble des prévenus dans ce procès en appel, dont le colonel Mambweni. Au total, 54 personnes ont été condamnées à mort, reconnues coupables notamment de crime de guerre par meurtre.

Toutefois, l’application de cette condamnation capitale s’inscrit dans un contexte particulier : bien que la RDC ait levé en mars 2024 le moratoire sur l’exécution de la peine de mort qui était en vigueur depuis 2003, l’issue effective pour les condamnés dépendra de l’évolution des procédures et des recours politiques.

Les deux enquêteurs, respectivement de nationalité suédoise et américaine, avaient été enlevés puis exécutés en mars 2017 dans la région du Kasaï, alors en proie à une vague de violences d’une extrême brutalité. Leur interprète congolais ainsi que trois conducteurs de moto qui les accompagnaient avaient également disparu.

Zaida Catalán
Micheal Sharp

Les deux experts enquêtaient sur les violences et les massacres de civils perpétrés dans les provinces du Kasaï, secouées à l’époque par l’insurrection de la milice Kamuina Nsapu et les opérations de répression menées par les forces de sécurité. Leurs corps ont été retrouvés seize jours après leur enlèvement.

Malgré l’ampleur des condamnations, ce verdict ne clôt pas définitivement l’affaire sur le plan de la vérité. Au moment du jugement de première instance, le président de la Cour militaire, le général de brigade Jean Paulin Ntshayokolo, avait lui-même regretté que les débats n’aient pas permis d’identifier les véritables commanditaires du double assassinat.

Bien qu’un tribunal militaire ait condamné plus de 50 personnes, le procès n’a pas pris en compte les preuves de complicité de l’État, notamment des images vidéo montrant des agents gouvernementaux facilitant le déplacement des experts.
C’est ce vide que dénoncent les organisations de droits humains. Elles pointent le silence des autorités judiciaires sur les responsabilités de haut niveau et appellent à ce que les « auteurs intellectuels » soient enfin identifiés et poursuivis.

La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) de RDC abonde dans le même sens : son président Paul Nsapu a déclaré détenir des preuves permettant de « remonter jusqu’aux commanditaires, jusqu’aux auteurs intellectuels ».

Par ailleurs, la CNDH a également appelé la justice à élucider le sort des quatre Congolais qui accompagnaient les experts et qui restent toujours portés disparus depuis les faits.

Ce verdict marque indéniablement une étape dans la longue quête de justice pour cette affaire emblématique. Mais pour les familles des victimes et la communauté internationale, plusieurs questions demeurent sans réponse quant à l’identité des éventuels commanditaires et aux motivations profondes de ce crime.

Pour que la justice soit pleinement rendue, les observateurs estiment que les autorités congolaises doivent aller au-delà des exécutants et ouvrir une enquête sérieuse sur les responsabilités en haut lieu — une exigence morale, mais aussi un test pour la crédibilité des institutions judiciaires de la RDC sur la scène africaine et internationale.

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