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Au Niger, trois ans après le putsch du général Tiani, la plupart des personnes poursuivies et détenues pour des faits présumés de détournement de deniers publics sous la présidence de Bazoum Mohamed, sont sorties de prison. Certaines personnes ont bénéficié de non-lieu (c’est le cas du ministre Hama Zada, et plus récemment de l’ancien directeur général de la BAGRI, Maman Lawan Mossi); et d’autres de mise en liberté provisoire.
À ce jour, seuls Ibrahim Amadou Moussa dit Ibou Karaje et ses co-accusés dans une affaire de détournement des deniers publics et de corruption restent encore détenus ; leurs demandes de liberté provisoire n’ayant jamais été considérées par les juges, alors même qu’ils offrent tous des garanties de représentation. Ils entament leur sixième année de détention provisoire ; sans être sûrs de bénéficier de toutes les garanties d’un procès équitable auquel ils ont droit comme tous les justiciables.
En juillet dernier, lorsque la première version du code de procédure pénale portant toutes les signatures officielles a circulé, ils avaient tous nourri l’espoir de voir leur détention prolongée prendre fin; d’autant que cette version du code de procédure pénale prévoyait la libération immédiate de toute personne, y compris celles détenues pour détournement de deniers publics, dont la durée de la détention provisoire dépasse les 30 mois. Leurs avocats étaient sur le point de déposer des requêtes aux fins de constater la caducité de leurs mandats de dépôt, lorsqu’une autre version du code de procédure pénale est sortie, cette fois au Journal officiel, pour balayer le dernier espoir de Ibou Karaje et de ses co-accusés; et beaucoup ont tiré la conclusion que la modification de la version initiale du code n’avait d’autre but que de maintenir en prison certaines personnes gênantes.
En effet, il est de notoriété publique que le sieur Ibou Karaje, ancien responsable du service transport de la présidence, a donné, dès son interpellation, une version qui pourrait être lourde de conséquences; pour des personnes, presque intouchables, qui ne souhaitent rien moins que son maintien en prison pour des motifs, disons-le, presque personnels qui n’ont rien à voir avec les faits qui lui sont reprochés.
Au regard de sa présumée proximité avec le cercle de l’ancien président Issoufou, en particulier de l’une de ses épouses, beaucoup ont pensé, dès les premières heures du putsch du 26 juillet, qu’il ferait partie des premières personnes à sortir de prison ; mais, les faits laissent croire que c’est justement cette proximité qui explique son maintien en détention et la lenteur observée dans le traitement de son affaire. Ce n’est qu’une hypothèse ; mais, il est certain que ses anciens “amis et partenaires ” ne se soucient guère de son sort.
Après plus de 5 ans de détention provisoire, le sieur Ibou Karaje, qui se considère, selon ses proches, comme une victime d’un système dont il n’est pas l’acteur, n’attend certainement rien de ceux qu’il a servi ou qui se sont servis de lui. Ce qui préoccupe ses proches, et qui ne doit laisser personne indifférent, c’est la persistance de la détention provisoire à durée indéfinie. C’est une situation qui vient mettre à nu le caractère démagogique des discours tenus ces derniers temps par le ministre de la Justice, Alio Daouda, fustigeant l’incurie de ses collègues magistrats, qui ne feraient pas leur travail, notamment pour traiter les affaires dont ils sont en charge.
Depuis des mois que le ministre Alio fait procès à ses collègues, aucun signe n’est venu montrer qu’il y a une volonté réelle d’améliorer le traitement des dossiers judiciaires au Niger. Au contraire, tout semble bien montrer que les conditions d’une bonne administration de la justice s’y sont considérablement dégradées, avec des magistrats désormais sans aucune protection à la suite de la dissolution de leur syndicat. C’est dire donc que dans les conditions actuelles, il ne faut point espérer qu’un dossier comme celui de Ibou Karaje et ses co-accusés soit traité de manière équitable et juste. Les enjeux autour de ce dossier concernent la gestion des fonds affectés à la plus haute institution de la république sous la présidence de Issoufou Mahamadou.
En vérité, il faut bien craindre que, même si un procès venait à se tenir sur ce dossier, il ne réponde pas aux normes et caractéristiques d’un procès équitable ; surtout que jusqu’ici, certaines sources indiquent que rien n’est fait pour entendre d’autres personnes qui peuvent apporter des éclairages, à défaut d’endosser des responsabilités. Ce qui fait apparaître la détention prolongée de Ibou Karaje et de ses co-accusés, -dont l’un a bénéficié d’ailleurs d’une décision en cassation restée lettre morte, et un autre dans un lit d’hôpital un membre amputé,- comme une manœuvre servant avant tout les intérêts de ceux qu’ils ont servi et qui se sont servis d’eux.

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