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Que faisait un agent du GRU dans la chambre du président de la Commission de l’Union africaine ?

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Capture d’écran de vidéosurveillance

L’intrusion d’un officier du renseignement militaire russe dans une résidence occupée par Mahamoud Ali Youssouf soulève de graves questions sur la sécurité de l’institution panafricaine et sur les méthodes de Moscou. Les faits laissent entrevoir une opération d’une tout autre nature qu’un simple incident de sécurité.

Il y a quelques mois, la direction de la sécurité de l’Union africaine a décidé de renforcer la garde et les mesures de protection autour du président de la Commission, ainsi qu’autour de la résidence de la vice-présidente de la Commission, Selma Haddadi.

Et pour cause : un homme présenté comme membre du GRU, le renseignement militaire russe, a réussi à s’introduire sans autorisation dans la résidence de la vice-présidente, à Addis-Abeba, alors que les lieux étaient occupés par Mahamoud Ali Youssouf, le président de la Commission de l’Union africaine.

Cette intrusion dépasse de loin le simple manquement aux règles de sécurité. Elle pose une question autrement plus préoccupante : que venait chercher un officier du renseignement militaire russe dans un lieu où séjournait le plus haut responsable exécutif de l’organisation panafricaine ?

L’homme mis en cause s’appelle Aleksandr Andreyevich Dubikov, un nom que l’on trouve aussi orthographié Dibukov ou Alexandr Dubikov. Depuis 2024, il est assistant de l’attaché de défense de l’ambassade de Russie en Éthiopie et membre du GRU. Qu’un officier de ce service ait pu accéder à une résidence occupée par le président de la Commission de l’Union africaine suffit à poser un problème de sécurité majeur.

Jusque dans la chambre du président

Selon les éléments qui nous ont été rapportés, la résidence concernée se trouve dans le quartier de Bole Atlas, à proximité de l’Edna Mall et de l’Ambassador Hotel, à Addis-Abeba. L’officier russe aurait profité de l’ouverture du portail, destinée à faire entrer la fille du président de la Commission, pour s’introduire à pied dans la propriété, échappant ainsi à la vigilance des agents chargés de la protection des lieux.

Des images de vidéosurveillance que nous avons pu consulter permettent de reconstituer une partie de la séquence, notamment l’arrivée d’un véhicule portant une plaque d’immatriculation diplomatique russe.

L’élément le plus troublant tient à la durée de présence de l’homme à l’intérieur de la résidence. Il y est resté suffisamment longtemps pour accéder, notamment, à la chambre occupée par Mahamoud Ali Youssouf, avant d’être repéré puis reconduit hors de la propriété.

Selon des spécialistes des questions de sécurité, l’agent russe a eu le temps d’installer un dispositif d’écoute, de dérober des documents ou de recueillir des informations confidentielles.

Dans les milieux diplomatiques, en effet, l’accès physique à un espace privé constitue un enjeu de renseignement : il permet d’observer les habitudes d’une personnalité, d’identifier son entourage, de repérer ses vulnérabilités ou, dans certaines circonstances, de rechercher des informations sensibles.

Le GRU, rattaché aux structures militaires russes, n’est pas un service anodin. Il participe au renseignement extérieur et mène des opérations clandestines. Sa mission consiste à recueillir des informations politiques, militaires ou diplomatiques, mais aussi à renforcer l’influence de la Russie auprès des décideurs étrangers.

Certes, rien ne permet pour l’heure d’affirmer que l’officier russe mis en cause ait constitué un dossier sur Mahamoud Ali Youssouf ou cherché à le faire chanter. Mais les services russes, régulièrement impliqués dans des opérations clandestines à l’étranger, ont souvent recours à des informations compromettantes pour faire pression sur les personnalités qu’ils ciblent.

Le double jeu de Moscou

L’Union africaine étant l’enceinte où se négocient des positions communes du continent sur les conflits, les sanctions, les partenariats militaires et ses grandes orientations diplomatiques, son président a accès à des échanges politiques dont la confidentialité importe autant aux États membres qu’aux partenaires extérieurs.

Mahamoud Ali Youssouf est originaire de Djibouti, un pays dont la position sur le détroit de Bab el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge, revêt une importance stratégique considérable. Djibouti accueille plusieurs bases militaires étrangères et se trouve au carrefour des rivalités entre grandes puissances. Le parcours de ce diplomate djiboutien, aujourd’hui à la tête de la Commission de l’Union africaine, le place au cœur d’un environnement où se croisent des intérêts africains, arabes, européens, américains, chinois et russes. Ce contexte fait de lui une cible de choix pour les services russes.

L’affaire prend une résonance particulière au regard du rapprochement affiché entre Moscou et l’Union africaine. Le 7 juillet 2026, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a rencontré Mahamoud Ali Youssouf à Addis-Abeba. Les deux parties ont alors évoqué le développement de leur coopération dans plusieurs domaines, notamment la sécurité, les finances, l’industrie, le commerce, l’éducation, l’énergie et la santé.

Cette volonté de coopération masque mal le double jeu de Moscou : d’un côté, un discours officiel de partenariat ; de l’autre, des pratiques incompatibles avec la confiance que suppose toute relation institutionnelle. Voilà qui devrait inciter les autorités africaines à davantage de prudence. D’autant que, d’après nos sources, l’officier russe se servirait également de son épouse, Marina Nikolayevna Dubikova, pour entrer en contact avec certaines de ses cibles potentielles.

Il est clair que les États africains ont le droit de diversifier leurs partenariats et de travailler avec la Russie, comme avec les puissances occidentales, la Chine ou les pays du Golfe. Mais la souveraineté ne consiste pas à remplacer une dépendance par une autre, ni à accorder un blanc-seing à un partenaire au motif qu’il prétend défendre un ordre international différent de celui des Occidentaux.

Elle suppose de juger chaque puissance à l’aune de ses actes, de protéger ses institutions et de refuser que les intérêts nationaux soient sacrifiés aux calculs d’autrui. La crédibilité d’un partenariat se mesure moins aux déclarations qui le célèbrent qu’au respect dont il fait preuve envers ceux qui lui accordent leur confiance.

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