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Niger : du PNDS à la junte, les routes de la drogue restent grandes ouvertes

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Une enquête de Jeune Afrique, présentée le 14 septembre 2026 dans « Le rendez-vous Afrique » sur France 24, documente la continuité du narcotrafic nigérien : du règne du PNDS à celui du général Abdourahamane Tiani, le même corridor relierait les ports du golfe de Guinée aux marchés européens, avec des protections politiques qui n’auraient jamais vraiment cessé.

Le Niger, malgré les coups d’État et les changements de pouvoir, reste un pays de transit majeur pour la cocaïne sud-américaine. C’est la conclusion de l’enquête de Mathieu Olivier, rédacteur en chef adjoint chargé des investigations à Jeune Afrique, interrogé sur France 24.

Un corridor de l’Amérique du Sud à l’Europe

Le schéma décrit par le journaliste est celui d’une route en trois temps. La cocaïne est produite en Amérique du Sud, puis débarque dans les ports du golfe de Guinée, jugés plus perméables que d’autres points d’entrée. Elle traverse ensuite le Sahel — Mali et Niger en particulier — par convois de pick-up à travers le désert, avant de rejoindre la Méditerranée puis le marché européen.

« Les réseaux ont identifié les ports du golfe de Guinée comme des points d’entrée faciles parce que les contrôles y sont sans doute moins nombreux », explique Mathieu Olivier, qui ajoute que « la corruption des États du golfe de Guinée facilite les trafics ». Sur les volumes, il reste prudent : les quantités ne peuvent être estimées qu’à partir des saisies, désormais « de plusieurs tonnes », pour un marché qui se compte « en milliards d’euros ».

Chérif Ould Abidine, le parrain disparu

L’enquête s’arrête longuement sur Chérif Ould Abidine, homme d’affaires d’Agadez surnommé « Chérif Cocaïne », présenté comme l’un des principaux barons nigériens du narcotrafic. Ancien du trafic de cigarettes, il aurait mis ses routes au service de produits « plus durs et plus lucratifs », selon le journaliste, jusqu’à devenir celui qui faisait passer les convois du golfe de Guinée à la Méditerranée.

Son nom circulait depuis des années dans des rapports de l’ONU et de la DEA, l’agence antidrogue américaine. Selon l’enquête, ses liens avec le pouvoir n’étaient pas dissimulés : il présidait la fédération d’Agadez du PNDS, le parti de l’ancien président Mahamadou Issoufou. À son décès, en 2016, Mahamadou Issoufou et son Premier ministre d’alors, Brigi Rafini, ont assisté à la levée du corps à Agadez.
L’ancien président Mohamed Bazoum aurait, lui, tenté de s’attaquer au dossier — d’abord comme ministre de l’Intérieur, puis à la tête de l’État — sans y parvenir avant d’être renversé par le coup d’État de juillet 2023.

Bidika, l’héritier intronisé

La relève porte un nom : Goumour Atoua, dit Bidika, Touareg sexagénaire originaire d’Iférouane, dans la région d’Agadez. Ancien guide et ancien rebelle, il est cité dès 2020 dans le rapport final du groupe d’experts de l’ONU sur le Mali comme « proche associé » de Chérif Ould Abidine, chargé du transport de la drogue vers la Libye.

Arrêté en mars 2021 après la saisie de 17 tonnes de résine de cannabis à bord d’un camion citerne, il a été libéré quelques mois plus tard pour un vice de procédure : aucune condamnation n’a été prononcée dans ce dossier. Le 25 septembre 2024, il est élu chef de la tribu touareg des Kel Tedelé 5 avec 146 voix sur 151, lors d’une cérémonie à Iférouane, dans le massif de l’Aïr, en présence du préfet du département.

« Il a une double, voire une triple casquette qui lui permet, comme Abidine à l’époque, d’avoir un pied dans la politique et un pied dans un business qui n’est pas légal », résume Mathieu Olivier.

L’UNVP, « la meilleure protection »

Le point le plus sensible de l’enquête concerne l’Union des Nigériens pour la vigilance et le patriotisme (UNVP), organisation civile née après le putsch de juillet 2023 et présentée comme un appui au pouvoir militaire. Selon le journaliste, elle abrite « une coexistence d’intérêts à la fois politiques et criminels » et sert de relais à des réseaux qui maîtrisent les routes du nord, en échange de véhicules et d’armes fournis par l’État.

« Au nom de la sécurisation du territoire, l’État ferme les yeux sur les activités criminelles de certains de ses alliés », affirme-t-il, en soulignant que Niamey a besoin d’alliés dans une zone où la frontière libyenne échappe largement à son contrôle — d’autant plus depuis la tentative de putsch du 29 août 2026, qui a failli renverser le général Tiani.

Ce que dit Niamey

Les autorités nigériennes n’ont pas répondu aux sollicitations de nos confrères. L’Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS), qui revendique régulièrement des saisies — 268 kilos de cocaïne à Zinder en mai 2026, du cannabis à Agadez en août — n’a pas souhaité s’exprimer auprès de la DW. La télévision publique nigérienne a, de son côté, accusé Paris de chercher des « alibis » en présentant le Niger comme une plaque tournante de la cocaïne.

À l’échelle régionale, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) recense près de 40 tonnes de cocaïne interceptées entre septembre 2025 et mai 2026, et estime que l’Afrique de l’Ouest n’est plus seulement une zone de transit.

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