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Côte d’Ivoire : le pari gagnant du multilatéralisme face aux illusions souverainistes de l’AES

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En misant sur l’investissement, l’ouverture économique et le maintien de partenariats internationaux diversifiés, la Côte d’Ivoire affiche une croissance soutenue, tandis que le Mali, le Burkina Faso et le Niger affrontent de lourdes contraintes sécuritaires et financières. Sans être exempte de fragilités, l’expérience ivoirienne rappelle que la souveraineté se mesure aussi à la capacité d’un État à transformer ses alliances en leviers de développement.

On peut tout reprocher aux autorités ivoiriennes – et leurs adversaires ne s’en privent pas –, sauf de manquer de détermination à moderniser leur pays. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, en 2011, cette volonté se traduit par un ambitieux programme de grands travaux, une foi dans les vertus du multilatéralisme et du libéralisme économique, ainsi que par une capacité à assumer des relations qui ne font pas toujours l’unanimité.

Qu’il s’agisse des rapports entretenus avec Paris, de la faible estime dans laquelle Abidjan tient les régimes putschistes de son voisinage ou de l’intransigeance affichée envers les fauteurs de troubles, on voit un État qui défend ses intérêts plutôt que de sacrifier son développement aux passions politiques du moment. Et les résultats économiques donnent du crédit à cette stratégie.

Une croissance économique solide

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la Côte d’Ivoire a enregistré une croissance de 6,5 % en 2025, après 6 % en 2024. Celle-ci devrait atteindre 6,1 % en 2026, d’après les projections publiées par l’institution en juin. Avec un produit intérieur brut par habitant de 2 710 dollars en 2024, le pays figure parmi les économies les plus dynamiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cette progression n’est pas qu’une affaire de statistiques : elle repose sur l’investissement, la diversification progressive de l’activité, le développement des infrastructures et la capacité à attirer les capitaux étrangers.

Le contraste est d’autant plus frappant que la région traverse une période de fortes turbulences. La croissance ivoirienne a résisté aux chocs internationaux, aux tensions sécuritaires du Sahel et aux incertitudes qui pèsent sur le commerce mondial. Le déficit budgétaire, ramené à 3 % du PIB en 2025, témoigne en outre d’un effort d’assainissement des finances publiques.

La transformation du pays se lit aussi dans le paysage. Routes, ponts, échangeurs, réseaux électriques et équipements urbains ont profondément modifié les conditions de circulation et d’activité. Le pont Henri-Konan-Bédié, inauguré en 2014, puis le pont Alassane-Ouattara, ouvert en 2023, symbolisent cette politique de désenclavement et de modernisation d’Abidjan. L’extension des réseaux d’électricité et d’eau potable a également élargi l’accès aux services essentiels, malgré des disparités territoriales persistantes. Ces infrastructures ne sont pas un décor destiné à impressionner les visiteurs : elles réduisent les coûts de transport, rapprochent les zones de production des marchés et améliorent les conditions d’implantation des entreprises.

Le signal le plus spectaculaire est venu en juillet 2026, lors du groupe consultatif réuni à Abidjan pour financer le Plan national de développement (PND) 2026-2030. Partenaires au développement et investisseurs y ont annoncé 80 milliards de dollars d’engagements, soit environ quatre fois le montant recherché. Ce chiffre témoigne de la confiance accordée à la trajectoire économique ivoirienne. Pour les investisseurs, la stabilité, la lisibilité des politiques publiques et l’existence d’un programme de développement structuré comptent autant que les promesses de rendement.

L’Union européenne et la France occupent une place importante dans cet écosystème. Bruxelles accompagne des projets d’infrastructures, d’agriculture, de formation et de transition énergétique ; les entreprises françaises restent bien implantées dans plusieurs secteurs de l’économie ivoirienne. Mais Abidjan ne mise pas exclusivement sur ses partenaires historiques : la Côte d’Ivoire cherche aussi à diversifier ses financements et à mobiliser les investisseurs privés. Voilà précisément ce que signifie le multilatéralisme lorsqu’il est pratiqué comme une politique d’intérêts : ne confondre ni souveraineté et isolement, ni coopération et soumission.

La souveraineté ne se décrète pas

Cette approche tranche avec le discours des régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Depuis les coups d’État et la rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), les dirigeants de ces trois pays ont fait de la souveraineté, de la dénonciation de l’ingérence étrangère et de la rupture avec certains partenaires occidentaux les piliers de leur légitimité. La critique des rapports de domination hérités de la colonisation n’est pas illégitime. Mais elle devient économiquement stérile lorsqu’elle tient lieu de stratégie de développement.

Les trois pays sahéliens restent confrontés à une insécurité grave, qui fragilise les territoires, renchérit les échanges et pèse sur les services publics. Le Mali subit en outre des perturbations de son approvisionnement en carburant ; le Burkina Faso doit concilier l’effort militaire et les besoins de populations exposées à la violence. Le Niger bénéficie de la manne pétrolière, mais demeure vulnérable aux risques sécuritaires, aux tensions commerciales et aux contraintes de financement.

Reste une leçon politique que les slogans ne sauraient effacer. La souveraineté ne se mesure pas au nombre de partenaires que l’on congédie, mais à la capacité de choisir ses alliances, de défendre ses intérêts et d’améliorer concrètement la vie de sa population. En conservant ses relations avec Paris et Bruxelles tout en diversifiant ses partenariats, Abidjan montre qu’un pays africain peut coopérer sans renoncer à sa liberté d’action. L’expérience ivoirienne rappelle qu’une diplomatie pragmatique, adossée à une stratégie économique cohérente, peut ouvrir davantage de portes que la rupture érigée en horizon politique.

Face aux certitudes souverainistes de l’AES, le choix ivoirien n’est donc pas celui de la facilité, encore moins celui d’une dépendance assumée à un partenaire extérieur. C’est celui d’une insertion dans l’économie mondiale conçue comme un levier de puissance nationale. La vraie souveraineté commence peut-être là : dans la capacité à transformer des partenariats en routes, en écoles, en emplois et en perspectives d’avenir.

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