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SAHEL : LA TENTATION DU FEU À WASHINGTON OU L’ILLUSION DU MILITARISME AMÉRICAIN AU MALI

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Alors que Washington étudie la possibilité de bombarder le territoire malien sous couvert de lutte contre le groupe affilié à al-Qaïda, le JNIM, cette option militaire d’une administration Trump de plus en plus interventionniste soulève une vague d’indignation et de scepticisme. En privilégiant les frappes aériennes, les contrats d’armement et la realpolitik sécuritaire au détriment du retour à l’ordre constitutionnel et du dialogue national, les États-Unis risquent de commettre les mêmes erreurs stratégiques que la France et la Russie. Analyse d’une ingérence qui menace d’embraser un peu plus la sous-région et d’ignorer la souveraineté réelle du peuple malien.

L’éventualité d’ajouter le Mali à la liste des pays pilonnés par l’aviation américaine témoigne d’une obstination sécuritaire à courte vue. En envisageant l’option militaire, l’administration américaine semble ignorer l’histoire récente du Sahel.

La France a déployé ses forces pendant dix ans au Mali, et les mercenaires russes y opèrent depuis cinq ans. Le résultat est tragique : la situation sécuritaire n’a fait que s’aggraver.

Multiplier les frappes ciblées ne résoudra en rien une crise dont les racines sont avant tout politiques, sociales et de gouvernance. De nombreux spécialistes du Sahel et acteurs de la société civile le rappellent : bombarder sans perspective de dialogue politique risquerait d’attiser le ressentiment anti-occidental, de pousser le JNIM à cibler directement les intérêts américains, ce qu’il s’est abstenu de faire jusqu’ici — et d’annihiler toute chance de démobilisation des combattants locaux. De plus, une fragilisation du JNIM par des frappes ciblées pourrait mécaniquement profiter à l’État islamique au Sahel, renforçant ainsi une rivalité sanglante dont les civils seront les premières victimes.

Les interventions militaires étrangères au Moyen-Orient et en Afrique, de l’Irak à la Libye en 2011, ont laissé un souvenir amer d’instabilité durable et de destructions massives. Une action unilatérale ou même indirecte des États-Unis au Mali fait déjà craindre un lourd tribut pour les populations locales.

Derrière la rhétorique officielle de la lutte antiterroriste et les déclarations martiales, les chiffres bruts de l’observatoire Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) mettent en lumière une réalité sombre et dérangeante au Mali. Sur une période d’un an, l’impact des affrontements sur la population civile révèle un basculement tragique : la menace la plus létale pour les innocents ne provient plus uniquement des insurgés djihadistes, mais des forces censées protéger le territoire.

En effet, alors que les groupes militants islamistes, le JNIM affilié à al-Qaïda et l’État islamique au Sahel — ont causé la mort de 232 civils, les opérations menées conjointement par l’armée malienne et ses partenaires russes (anciens mercenaires du groupe Wagner désormais intégrés à l’Africa Corps) affichent un bilan dramatiquement plus lourd. Sur cette même période, cette coalition gouvernementale et privée s’est rendue responsable de 925 morts civiles.

Ce différentiel de plus de 700 victimes interpelle sévèrement sur les méthodes employées sur le terrain. Loin d’apporter la stabilité promise, la stratégie de terre brûlée et le recours à des forces mercenaires ont démultiplié les exactions et les pertes innocentes. Pour les populations rurales maliennes, prises en étau, la réponse sécuritaire s’est ainsi transformée en un péril au moins quatre fois plus meurtrier que la violence djihadiste qu’elle prétendait extirper.

Ces chiffres alarmants démontrent l’échec de la réponse purement militaire. Apporter un soutien logistique ou des renseignements à des forces responsables d’un tel niveau de violences contre leurs propres citoyens constitue une dérive éthique et politique majeure pour toute puissance se réclamant des libertés fondamentales à travers le monde.

Le Sahel en général, mais précisément le Mali, est devenu le théâtre d’une rivalité géopolitique cynique où les souverainetés nationales sont instrumentalisées. D’un côté, le recours de la junte malienne aux mercenaires russes, hier du groupe Wagner, aujourd’hui sous la bannière d’Africa Corps — a installé un modèle fondé sur la violence, la prédation des ressources minières et des exactions documentées contre les populations civiles, à savoir : viols, incendies de villages, exécutions sommaires, comme observé dans d’autres théâtres régionaux.

De l’autre côté, la réponse de Washington ne brille ni par son altruisme ni par sa cohérence morale. En exhortant les pays de la région à « acheter du matériel et des services américains pour soutenir leurs efforts de guerre », la diplomatie américaine trahit une logique marchande.

Lever les sanctions contre des personnalités militaires controversées pour obtenir de simples droits de survol aérien illustre une diplomatie de marchandage qui brade les principes démocratiques au profit d’intérêts tactiques immédiats.

La véritable solution à la crise malienne ne viendra ni des drones de Washington, ni des mercenaires de Moscou. L’ingérence armée sous toutes ses formes ne fait que prolonger la souffrance des peuples africains et fragiliser davantage des institutions déjà chancelantes.

Ce dont le Mali et le Sahel ont urgemment besoin, ce n’est pas d’un nouveau front d’affrontement entre superpuissances, mais d’un accompagnement respectueux axé sur :

  • La restauration de l’État de droit et la définition d’un calendrier électoral clair, inclusif et consenti par toutes les forces vives de la nation. Le retour à l’ordre constitutionnel est la seule garantie d’une légitimité politique capable d’isoler durablement les groupes extrémistes.

  • Le soutien au dialogue national et régional, afin de traiter les causes profondes de la marginalisation politique et économique des territoires touchés par l’insurrection.

Tant que les partenaires internationaux privilégieront la vente d’armes et la force brute au détriment de la démocratie et de la justice, le Sahel en général, mais le Mali en particulier, restera piégé dans un cercle vicieux de violence et d’instabilité.

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