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Niger – Tirs Samedi, ovation mercredi : la junte nigérienne bat son propre record de service après-vente

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Il aura fallu trois jours à Niamey pour passer d’une mutinerie armée contre le palais présidentiel à un meeting géant de soutien au même palais présidentiel — un sens du timing que n’importe quelle agence de communication de crise devrait étudier de près. Dans la nuit du 28 au 29 août, des soldats retournent leurs armes contre le régime autour de la base 101 ; il faut l’intervention des mercenaires russes d’Africa Corps pour que le général Tiani reprenne la main. Le dimanche suivant, comme si de rien n’était, les « Forces vives de la Nation » annoncent un grand rassemblement pour le 2 septembre, place de la Concertation, où l’on célébrera la « bravoure des FDS » face à une attaque venue… de l’intérieur des FDS. Il y a des régimes qui traversent des crises ; celui-ci semble surtout doué pour les transformer en kermesses.

De son côté, l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), dans un communiqué publié le 30 août à Bruxelles par sa présidente Dr Mayra Djibrine, a vivement dénoncé l’opacité entourant ces événements et le recours à des mercenaires étrangers de l’Africa Corps pour régler des différends internes à l’armée. L’ADS réclame notamment que l’identité et le lieu de détention des militaires arrêtés soient immédiatement rendus publics, et qu’ils bénéficient d’un accès aux avocats et aux soins médicaux.

Cette situation met en lumière un paradoxe amer : en trois ans de pouvoir, ceux qui avaient justifié leur coup d’État de 2023 par la nécessité de reprendre en main la sécurité et de rompre avec les ingérences se retrouvent aujourd’hui incapables de maintenir la discipline au sein de leur propre armée sans l’aide de forces supplétives étrangères. Pire encore, en reproduisant les mêmes travers qu’ils reprochaient à l’ancien régime — allant jusqu’à négocier avec des groupes terroristes tout en maintenant une façade de souveraineté —, le CNSP applique trait pour trait les méthodes qu’il feignait de combattre.

Et il y aura du monde place de la Concertation, il ne faut pas se le cacher — mais tout le monde n’y viendra pas exactement par élan du cœur. Selon plusieurs témoignages recueillis localement, la consigne serait descendue par la voie administrative classique : aux administrateurs délégués et aux chefs de service, l’instruction de mobiliser chacun leur entité ; aux directeurs d’école, la demande des inspecteurs de faire prendre part leurs établissements à la marche. Rien de très surprenant dans un pays doté depuis décembre 2025 d’une ordonnance sur la « mobilisation générale » assortie d’obligations et de sanctions pour les agents publics et privés — mais cela permet de comprendre pourquoi tant de foules « spontanées » ont, curieusement, la même heure de rendez-vous que la feuille de présence du bureau. Une partie des Nigériens soutient sincèrement le CNSP, lassée d’un système d’avant 2023 jugé corrompu, et rassurée par un pouvoir qui, malgré tout, tient encore debout face au jihadisme. Mais quand on ajoute à ce soutien réel une bonne dose d’instructions hiérarchiques et de listes de présence, applaudir un pouvoir capable de mater sa propre armée uniquement grâce à des supplétifs étrangers, ce n’est plus vraiment de la souveraineté retrouvée — c’est de la sous-traitance de la survie politique, avec un public convié, fonctionnaires et écoliers en tête, à faire semblant de ne pas le remarquer.

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