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Russie au Sahel — De Wagner à l’Africa Corps : la Russie a-t-elle vraiment amélioré la sécurité dans la région ?

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Invité de l’émission « Une pensée, une vision, le Carrefour des idées » sur Sahel d’Afrique, mardi 8 septembre 2026, animée par Moussa Mahamadou Nazirou le chercheur et analyste politique Frédéric Samy Passalet — auteur du livre Les Marionnettes de Poutine en Afrique (Éditions Persée, Canada/France) — dresse un bilan sévère du partenariat sécuritaire entre Moscou et les régimes issus de coups d’État au Sahel. Selon lui, la promesse d’une sécurité retrouvée grâce à la Russie s’est transformée en une nouvelle dépendance, plus meurtrière que la précédente.

Une accusation nigérienne jugée infondée

Interrogé sur les accusations portées récemment par le Niger contre la France, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Tchad — soupçonnés d’avoir fomenté un complot contre le régime en place à Niamey, Frédéric Samy Passalet est catégorique : il s’agit, selon lui, d’une manœuvre calquée sur les méthodes russes. « Le Niger est dans la posture russe, c’est-à-dire la propagande, les mensonges et les calomnies jetées sur des pays amis », affirme-t-il, y voyant une « stratégie d’enfumage » partagée par les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Le chercheur insiste particulièrement sur le cas tchadien : pour lui, le Tchad — qu’il décrit comme un « pays frère » du Niger, lié par des « relations séculaires » — n’est « ni de près ni de loin » impliqué dans la crise nigérienne. Il attribue la fragilité du pouvoir en place à Niamey à une gouvernance interne défaillante plutôt qu’à un complot extérieur : « Les militaires ne sont pas contents de la gouvernance de Tiani, et c’est pourquoi ils se sont soulevés. »

Wagner, puis Africa Corps : « bonnet blanc, blanc bonnet »

Retraçant la chronologie de l’implantation russe, l’analyste situe le tournant en 2021 avec l’arrivée du groupe Wagner au Mali, suivie des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Selon lui, ces prises de pouvoir ne sont pas fortuites : « Ces coups d’État sont commandités directement par le Kremlin », affirme-t-il, y voyant une guerre par procuration visant en premier lieu à affaiblir les intérêts français en Afrique de l’Ouest francophone.

Sur la transformation de Wagner en Africa Corps, le chercheur balaie l’idée d’un changement de fond : « Rien n’a changé […] ce sont des forces paramilitaires envoyées par Moscou », dotées selon lui d’une double mission : traquer les opposants aux putschistes et organiser le transfert de ressources vers la Russie.

Un bilan sécuritaire qu’il qualifie de désastreux

Chiffres à l’appui — qu’il attribue aux agences ACLED et Reuters — Frédéric Samy Passalet dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire régionale. Il évoque, pour le seul Mali en 2025, plus de 1 150 civils tués, auxquels s’ajouteraient environ 918 pertes du côté des forces maliennes et 232 supplétifs russes, ainsi que plusieurs centaines de pertes russes au Burkina Faso. Il affirme également que le bilan cumulé pour les trois pays de l’AES atteindrait la dizaine de milliers de morts.

Pour l’analyste, cette situation contraste avec la période durant laquelle la France assurait, selon ses termes, la sécurisation de la zone : « La France est un mal nécessaire », estime-t-il, ajoutant que les pertes se comptaient alors « peut-être en unités » plutôt qu’en centaines. Une affirmation qui, à l’instar de l’ensemble des chiffres et jugements de l’invité, reflète son analyse personnelle et mériterait d’être confrontée à d’autres sources indépendantes.

Infiltration, corruption et réseaux d’influence

Interrogé sur les méthodes russes pour asseoir son influence militaire, le chercheur décrit un mode opératoire fondé sur l’infiltration : recherche de « correspondants » ou de « chevaux de Troie » au sein des armées nationales, propositions financières faites à des militaires, et usage des ambassades russes comme relais de renseignement. Il cite l’exemple du Bénin, où une tentative de déstabilisation aurait été déjouée grâce à la vigilance de la CEDEAO et des forces ivoiriennes, avec la complicité alléguée du Togo comme point de transit pour les armes destinées aux putschistes.

Il pointe également le rôle de communicants pro-russes sur les réseaux sociaux, qu’il accuse de relayer une propagande financée par les régimes de l’AES pour masquer l’ampleur des pertes humaines.

Mali, Azawad, Burkina Faso : des sociétés sous tension

Sur la question du dialogue entre Bamako et les populations de l’Azawad, Frédéric Samy Passalet — qui dit avoir travaillé au Mali, et y avoir séjourné à Kidal — estime qu’aucune sécurité durable n’est possible sans la réactivation de l’Accord d’Alger et l’organisation d’assises de réconciliation nationale. Il évoque par ailleurs les tensions internes à l’armée malienne, illustrées selon lui par les difficultés d’approvisionnement en carburant du pays, comme un signe de la fragilité du régime.

Répondant à un auditeur burkinabé, il affirme que la population du Burkina Faso est consciente de la mainmise russe sur la gouvernance du pays et anticipe des tensions croissantes au sein de l’appareil sécuritaire.

« On ne peut pas parler de souveraineté »

Interrogé en clôture sur la définition même de la souveraineté, souvent invoquée par les régimes de l’AES, Frédéric Samy Passalet livre une analyse juridique et politique du concept : la souveraineté supposerait un pouvoir de commandement exercé sans ingérence extérieure, détenu par des dirigeants légitimement élus. Pour lui, ces conditions ne sont pas réunies dans les pays de l’AES : « Les titulaires de la souveraineté, ce sont des chefs d’État élus par le peuple. Or, ici, ce sont des gens qui ont pris le pouvoir par les armes. […] On ne peut pas parler de souveraineté aujourd’hui : c’est de l’enfumage. »

Un appel à la confiance envers les forces africaines

Loin de plaider pour un simple retour au partenariat occidental, le chercheur appelle les pays du Sahel à miser sur leurs propres capacités militaires, citant en exemple l’intervention tchadienne contre Boko Haram au Nigeria et la reprise du Mali en 2013. « Les forces africaines sont aujourd’hui plus puissantes que les étrangères », soutient-il, exhortant les dirigeants du continent à renforcer les systèmes de renseignement nationaux plutôt qu’à dépendre d’une puissance extérieure, russe ou occidentale.

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3 Commentaires
  • Un point de vue tranché qui met le doigt sur le paradoxe central de cette transition sécuritaire au Sahel. La question de fond n’est plus seulement de savoir qui remplace qui sur le terrain, mais bien de mesurer l’impact réel de ces partenariats sur la protection des populations civiles et la stabilité à long terme. Entre promesses de souveraineté absolue et réalités des bilans humains sur le terrain, le débat mérite d’être posé sans complaisance, qu’il s’agisse de l’ancien ou du nouveau format d’accompagnement militaire.

  • C’est trop facile de balbutier les mêmes discours occidentaux pour dénigrer la vraie rupture en cours au Sahel. Depuis quand la France et ses anciens partenaires ont-ils ramené la paix durable ? Les chiffres brandis occultent volontairement la guerre hybride et la manipulation médiatique menées pour saboter la souveraineté retrouvée de nos États. Les militaires et leurs alliés font face à un défi titanesque pour nettoyer des années de chaos sécuritaire légué par l’interventionnisme étranger. La vraie dépendance, c’était hier ; aujourd’hui, nos pays choisissent leurs partenaires en toute liberté pour enfin défendre leurs peuples !

  • Quel ramassis de mensonges et de propagande ! On ne peut accorder aucun crédit à ce prétendu journaliste exilé qui se cache loin de nos frontières pour cracher sur son propre pays et lécher les bottes de l’Occident. Trianis ou Tiani, le peuple et les patriotes nigériens soutiennent les militaires qui défendent notre souveraineté contre vos maîtres impérialistes. Espèce de chien de garde aux ordres des déserteurs de la vérité, ton article ne trompe plus personne !

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