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Niger : de la mutinerie à la purge, le régime de Tiani face à ses propres démons

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La mutinerie des 28 et 29 août 2026 au Niger continue de produire ses secousses, à Niamey comme au-delà des frontières nationales.

Depuis le coup d’État qui a porté la junte du général Abdourahamane Tiani au pouvoir en 2023, le pays n’avait sans doute jamais été confronté à une crise aussi sensible au sein même de l’appareil militaire.

Parce que cette fois, le malaise ne vient pas seulement de la rue. Il semble avoir gagné les casernes.

Quand le malaise gagne l’armée

Sur le terrain politique, une partie de la population nigérienne s’est désormais familiarisée avec une rhétorique officielle devenue presque mécanique : à chaque revers sécuritaire ou à chaque crise politique, un bouc émissaire extérieur est désigné.

La France, ancienne puissance coloniale, mais également certains voisins ouest-africains, sont régulièrement accusés de nourrir les difficultés du régime ou de participer à des entreprises de déstabilisation.

À cet égard, le discours officiel ne surprend guère.

Mais la nature de la crise actuelle est différente.

La mutinerie des 28 et 29 août ne peut être réduite, sans éléments probants, à l’action de quelques soldats « égarés » ou prétendument manipulés par des puissances étrangères. Les informations disponibles font état d’un mouvement impliquant des éléments importants de l’appareil sécuritaire nigérien.

Si ces informations venaient à être confirmées dans leur ampleur, elles constitueraient un sérieux avertissement pour le régime.

Car les militaires concernés appartiendraient précisément à l’appareil chargé de défendre le pouvoir et de combattre les groupes armés qui frappent régulièrement le pays.

Voilà qui explique, au moins en partie, le silence et la prudence des autorités.

Comment communiquer sur une crise qui touche ceux-là mêmes qui sont censés constituer le dernier rempart du régime ?

Le vieux disque des ennemis extérieurs

Après plusieurs jours de silence, les autorités nigériennes ont fini par reprendre la parole.

Et, comme souvent, les suspects habituels ont refait leur apparition.

La France, la Côte d’Ivoire et le Bénin ont été accusés, directement ou indirectement, d’entretenir des bases arrière susceptibles de favoriser les groupes djihadistes.

Le Tchad n’a pas davantage été épargné.

Le capitaine Roger Gabriel, présenté comme porte-parole de l’armée nigérienne, aurait notamment accusé un haut gradé tchadien d’avoir apporté un soutien à la mutinerie depuis le territoire tchadien, avec l’appui de forces spéciales françaises.

De telles accusations, si elles sont extrêmement graves, appellent surtout une question élémentaire : où sont les preuves ?

Accuser est une chose. Démontrer en est une autre.

Le Bénin aurait-il intérêt à déstabiliser Niamey ?

L’accusation visant le Bénin soulève elle aussi des interrogations.

Quel intérêt aurait Cotonou à contribuer à une déstabilisation du Niger, alors que les deux pays sont liés par d’importants intérêts économiques et stratégiques ?

Le pipeline reliant les champs pétrolifères d’Agadem, au Niger, au terminal de Sèmè-Kpodji, au Bénin, constitue précisément l’un des principaux enjeux de cette relation.

Une déstabilisation durable du Niger ne menacerait donc pas uniquement Niamey. Elle fragiliserait également les intérêts économiques de ses voisins.

Quant au Tchad, son implication supposée mérite elle aussi d’être étayée par des éléments vérifiables. N’Djamena avait, au lendemain du coup d’État de 2023, figuré parmi les acteurs favorables à une désescalade et à la recherche d’une normalisation des relations avec les nouvelles autorités nigériennes.

Pourquoi aurait-il donc changé de stratégie ?

La question mérite une réponse. Mais une accusation officielle ne saurait tenir lieu de démonstration.

De la mutinerie à la chasse aux sorcières ?

C’est toutefois sur un autre front que la situation devient particulièrement préoccupante.

Après la crise militaire, une série d’arrestations et d’interpellations visant des acteurs de la société civile et d’anciens responsables politiques alimente les inquiétudes.

Le journaliste Moussa Kaka, figure emblématique de la presse nigérienne et responsable d’un média privé, n’aurait plus regagné son domicile depuis le 31 août 2026. Les appels demandant des informations sur son sort et les conditions de sa détention demeurent, selon ses proches, sans réponse.

Son cas est d’autant plus préoccupant qu’il n’est pas étranger aux difficultés rencontrées par les journalistes nigériens dans l’exercice de leur métier.

La liberté de la presse, déjà fortement éprouvée depuis l’arrivée de la junte au pouvoir, apparaît ainsi comme l’une des premières victimes collatérales de la crise.

Autre arrestation signalée : celle de Kalla Moutari, ancien ministre nigérien de la Défense sous le président Mahamadou Issoufou, qui aurait été interpellé le 1ᵉʳ septembre par des hommes armés. Depuis, plus aucune nouvelle.

Si ces arrestations sont confirmées et si elles ne sont pas accompagnées de procédures judiciaires transparentes, une question s’impose : le pouvoir est-il en train de répondre à une crise militaire par une purge politique ?

Le bouc émissaire comme écran de fumée

C’est ici que le doute devient politique.

La multiplication des accusations contre des puissances étrangères et des pays voisins pourrait-elle servir à détourner l’attention des causes internes de la mutinerie ?

Il serait prématuré de l’affirmer catégoriquement.

Mais le procédé est connu : lorsque les difficultés peinent à être expliquées, il est toujours plus commode de chercher un ennemi à l’extérieur que de s’interroger sur les dysfonctionnements à l’intérieur.

Or une question demeure largement sans réponse : qu’est-ce qui a réellement provoqué la mutinerie des 28 et 29 août ?

Quelles frustrations ? Quelles revendications ? Quels dysfonctionnements au sein de l’armée ? Quels désaccords dans la chaîne de commandement ? Quel est le rapport avec la situation sécuritaire du pays ?

Tant que ces questions resteront sans réponse, les accusations visant l’étranger risqueront de ressembler davantage à un écran de fumée qu’à une véritable explication.

Moscou, le grand absent du débat

Un autre sujet semble curieusement absent de la communication officielle : la coopération militaire avec la Russie.

Depuis l’arrivée de la junte, Niamey a profondément réorienté ses partenariats sécuritaires, notamment vers Moscou.

Pourtant, malgré cette nouvelle architecture militaire, les attaques des groupes armés continuent de frapper le pays et de mettre à rude épreuve ses forces de défense et de sécurité.

La question mérite donc d’être posée sans tabou : si le nouveau partenariat sécuritaire est présenté comme une alternative efficace aux anciennes alliances, pourquoi les populations continuent-elles de payer un si lourd tribut à l’insécurité ?

Interroger cette stratégie ne revient pas à défendre l’ancienne coopération avec la France. Cela revient simplement à demander des comptes à ceux qui gouvernent.

Le thermomètre n’est pas responsable de la fièvre

La véritable bataille qui s’ouvre au Niger pourrait donc ne pas être celle que raconte la communication officielle.

Derrière les accusations contre Paris, Cotonou, Abidjan ou N’Djamena, derrière les arrestations et les intimidations, demeure une question fondamentale : que s’est-il réellement passé au sein de l’armée nigérienne les 28 et 29 août ?

Il faudra probablement du temps pour obtenir toutes les réponses.

Mais une chose est certaine : arrêter les journalistes, interpeller les anciens responsables ou multiplier les accusations contre les voisins ne fera pas disparaître les causes d’un malaise militaire.

On peut casser le thermomètre. On ne fait pas disparaître la fièvre.

Si la mutinerie révèle une fracture au sein de l’appareil sécuritaire, le régime de Tiani devra tôt ou tard regarder cette fracture en face.

Car une armée peut être sommée de se taire. Une crise, elle, ne reçoit pas d’ordre.

Et au Niger, l’épisode des 28 et 29 août pourrait bien n’être que le premier chapitre d’une crise dont les véritables causes restent encore largement enfouies sous le silence officiel.

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