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AUX VAILLANTS SOLDATS, TOMBÉS EN MARTYRS À LA BASE AÉRIENNE 101, LES ARMES À LA MAIN : QUE VOTRE SACRIFICE NE SOIT PAS EFFACÉ PAR LA PROPAGANDE

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Par : Le Colonel Mamane Kadela Seydina

Dans cette clameur où le tragique se mêle à la fiction, où l’affabulation se drape dans les oripeaux de la vérité et où la comédie finit par tenir lieu de récit militaire, il n’est pas superflu de rappeler, au milieu de cette singulière floraison de légendes, l’audace et la témérité des vaillants éléments des forces spéciales que vous fûtes.

Même si l’ivresse du pouvoir des uns et l’obséquiosité des autres font que l’on parle de moins en moins de vous et de votre prouesse, au point que même votre nombre exact semble délibérément ignoré, sachez que vous avez à jamais une place dans le cœur de ces millions de Nigériens qui subissent les affres de l’implacable dictature qui règne depuis le 26 juillet 2023 dans notre pays.

Vous qui avez tenu la base aérienne jusqu’au sacrifice suprême, vous qui avez payé de votre vie votre engagement, vous avez tenté de faire renaître l’espoir, cet espoir brutalement perdu à l’aube du 26 juillet 2023.

Vous êtes morts pour la patrie en tenant bel et bien votre position, quand bien même les thuriféraires de la victoire, qui se découvrent soudain des vocations de chroniqueurs militaires, semblent vouloir l’oublier en attribuant vos actions d’éclat à ceux qui ne méritent guère cet honneur : les éléments de la garde présidentielle, ceux-là mêmes que vous avez héroïquement tenus à distance malgré la supériorité de leurs moyens.

Le peuple est témoin : vous avez subi, à trois reprises, les assauts de cette garde présidentielle ; et, à trois reprises, vous l’avez repoussée hors de votre périmètre défensif.

Trois assauts. Trois échecs

Voilà donc votre fait d’armes. Voilà votre véritable action héroïque — celle qui cadre assez mal avec les récits épiques aujourd’hui servis à l’opinion par certains de vos camarades qui vous ont trahis.

Sachez aussi que votre résistance a plongé Tiani et sa garde dans un tel désarroi que, faute de parvenir à vous réduire militairement, ils ont été contraints de solliciter successivement l’aide de l’Algérie, puis celle de la Russie, par l’intermédiaire des éléments de l’Africa Corps présents sur la base 101.

Mais sachez-le : même l’Algérie, dont la puissance militaire est incontestablement sans commune mesure avec les moyens dont vous disposiez, vous avez réussi à la tenir en respect. Elle a préféré laisser mûrir la situation au rythme que vous lui imposiez, avant de surgir, une fois l’accalmie revenue, pour offrir ce qui ressemblait davantage à un élégant show of force qu’à une intervention susceptible de changer le cours de la bataille.

Son arrivée n’est, en effet, intervenue qu’une fois éteinte, sur la base, la flamme d’espoir que vous y aviez allumée.

Quant aux Russes, animés de leur cynisme habituel, ils ont posé leurs macabres conditions : un engagement écrit les dégageant de toute responsabilité quant au carnage qu’ils s’apprêtaient à provoquer lors de leur intervention.

Tiani, alors tout aussi macabre que ces barbouzes, manifestement acculé et davantage préoccupé par la préservation de son trône que par les subtilités de la souveraineté nationale, n’a eu d’autre choix que de s’agenouiller devant leurs exigences et d’y souscrire.

C’est dans ce contexte que les drones kamikazes se sont abattus sur vous et sur votre matériel. Ce raid aérien, conduit avec une brutalité ignoble, a constitué l’élément déterminant de la reddition de vos camarades encore en vie, qui tenaient toujours la base.

Et c’est précisément ici qu’a commencé la grande opération de réécriture de l’Histoire.

Car, une fois les armes déposées, le combat abandonné et la reddition acquise, certains éléments de la garde prétorienne se sont déchaînés contre vos camarades survivants, qui avaient renoncé à poursuivre les hostilités.

Pour les vigiles de Tiani, il fallait, après tout, donner à cette reddition les apparences d’une victoire éclatante. Le seul fait que vos camarades se rendent pouvait difficilement suffire : il fallait encore y ajouter, pour les besoins du récit, quelques accents d’épopée.

Ainsi naît la prouesse militaire de légende : des hommes qui avaient échoué à trois reprises à vous déloger, puis qui ont attendu que la supériorité aérienne apportée de l’extérieur fasse son œuvre, découvrent soudain, une fois votre résistance brisée, les vertus héroïques du vainqueur.

Il faut décidément beaucoup d’imagination pour transformer votre reddition en triomphe, l’intervention étrangère de l’Africa Corps en victoire nationale et l’achèvement de ce noble combat que vous aviez mené en exploit militaire pour ceux-là mêmes qui n’avaient pas réussi à vous vaincre.

Mais c’est précisément là que réside toute la subtilité — pour ne pas dire toute la cocasserie — de l’imposture : faire passer pour une prouesse guerrière ce qui, au vu du déroulement des événements, a été rendu possible avant tout par l’intervention décisive de forces étrangères et par la supériorité technologique qu’elles ont apportée.

À écouter les récits triomphalistes, la garde prétorienne aurait livré une bataille digne des grandes épopées militaires.

Mais tous les Nigériens savent que le tableau est infiniment moins glorieux pour elle : trois assauts repoussés, un appel au secours, une intervention extérieure, une supériorité aérienne décisive, puis une reddition.

Et pourtant, vous qui aviez réellement tenu la position, vous qui aviez affronté les assauts, vous qui aviez résisté jusqu’à l’épuisement, vous qui avez payé de votre vie votre engagement, risquez de disparaître derrière le vacarme des vainqueurs autoproclamés.

Mais nous ne le leur permettrons pas

Ils ignorent que cette flamme que vous avez allumée, même si elle s’est éteinte sur la base en ce 29 septembre 2026, continue de brûler ailleurs, dans tous les coins et recoins de notre cher pays.

Vous ne devrez donc, en aucune manière, être oubliés.

Vous n’avez certainement nul besoin de propagande pour avoir été courageux, pas plus que vous n’avez besoin que l’on vous invente une victoire qui n’a pas été la vôtre.

Votre courage ne dépend pas du récit de ceux qui vous ont vaincus ; votre sacrifice ne dépend pas de la mémoire de ceux qui cherchent aujourd’hui à s’en attribuer les mérites.

Quant à ceux qui veulent travestir le cours de l’Histoire pour s’offrir une gloire à bon marché et une popularité usurpée, il ne leur reste plus, pour parachever leur légende, qu’à rebaptiser la reddition « victoire », à transformer l’intervention étrangère en prouesse nationale et, pourquoi pas, à distribuer les médailles imaginaires aux héros d’une bataille qu’ils n’ont pas véritablement gagnée.

Ils pourraient même, pour pousser jusqu’au bout cette entreprise de réécriture, ensevelir leurs morts dans le carré des martyrs où, par la vérité du sacrifice consenti les armes à la main, vous auriez dû avoir votre place avant eux.

Après tout, dans les républiques où l’on excelle dans l’art de réécrire les défaites, il suffit parfois de changer le titre du récit pour transformer une capitulation en épopée.

Mais il est une chose que même la propagande ne devrait jamais pouvoir réécrire : le sang versé par vous qui étiez réellement là.

Et tant que subsistera, dans ce pays, une mémoire qui refuse de se soumettre au mensonge, votre sacrifice ne sera pas effacé.

Colonel Mamane Kadela Seydina

Officier supérieur des Forces Armées Nigériennes (FAN) au parcours académique et militaire d’excellence, le colonel Seydina Mamane est un pur produit des grandes écoles d’État-major, diplômé notamment de l’Académie militaire de Cherchell en Algérie et de l’École de guerre du Royaume-Uni (King’s College London).

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