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Liberté de la presse : Sadibou Marong alerte sur une « criminalisation » croissante du journalisme et assure les professionnels du soutien de RSF

| Heure de publication : 10h00

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Invité de l’émission Une pensée, une vision — Le carrefour des idées sur Sahel d’Afrique, Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), détaille les menaces qui pèsent sur les journalistes, en particulier au sein de l’Alliance des États du Sahel. Il assure toutefois que RSF reste aux côtés des professionnels de l’information et se dit optimiste : le journalisme continuera d’exister. Il répond aux questions de Moussa Mahamadou Nazirou.

La liberté de la presse en Afrique subsaharienne ne connaît pas une réalité uniforme. Le responsable de RSF décrit un paysage médiatique contrasté, entre États où les libertés demeurent relativement protégées, pays en transition et zones de crise aiguë.

« Une situation à plusieurs vitesses »

Interrogé sur l’état des lieux de la liberté de la presse en Afrique subsaharienne, et sur la nature de la crise, passagère ou durable, Sadibou Marong distingue trois ensembles. Il cite d’abord des pays où la situation reste relativement stable, notamment l’Afrique du Sud et la Namibie, malgré des difficultés structurelles. Viennent ensuite des pays engagés dans des dynamiques de transition ou d’amélioration, comme la Gambie après Yahya Jammeh, le Sénégal « avec des nuances », le Botswana ou la Tanzanie.

Mais l’alerte porte surtout sur les zones de crise : le Gabon après le coup d’État, le Soudan en guerre civile, l’Érythrée où des journalistes sont emprisonnés depuis de longues années, ainsi que les pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger). Son constat : une « criminalisation » croissante du journalisme.

Régimes militaires : RSF dénonce le recul des libertés

Quel bilan RSF tire-t-elle de la liberté de la presse sous les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, et quels moyens mobilise-t-elle pour inverser la tendance ? Pour le directeur du bureau Afrique subsaharienne, la rupture de l’ordre constitutionnel a conduit à une remise en cause des libertés. Il s’inquiète de l’apparition du concept de « journalisme patriotique », particulièrement visible au Mali à partir de 2022. Cette approche, explique-t-il, tend à faire des journalistes des relais de propagande plutôt que des professionnels indépendants.

À cela s’ajoutent l’expulsion de médias français, notamment RFI et France 24, ainsi que l’utilisation des autorités de régulation pour suspendre des médias locaux et internationaux.

Sécurité nationale : « les populations ont besoin d’une information indépendante »

Comment défendre la liberté de la presse dans des pays confrontés à de véritables menaces terroristes, sans nier les impératifs de sécurité ? Marong estime que les arguments sécuritaires sont parfois utilisés de façon disproportionnée. Selon lui, les populations ont besoin d’une information indépendante pour comprendre les enjeux de la lutte contre le terrorisme.

Les communications officielles, souligne-t-il, peuvent passer sous silence des violations des droits humains ou des massacres. Dans ce contexte, les journalistes doivent pouvoir enquêter librement sur le terrain.

Le cas Moussa Kaka, une priorité pour RSF

Sollicité sur la situation du journaliste nigérien Moussa Kaka et sur les démarches entreprises auprès des autorités nigériennes, le responsable de RSF présente un journaliste chevronné, fort d’environ quarante ans de carrière. Enlevé, Moussa Kaka n’avait fait l’objet d’aucune preuve de vie officielle au moment de l’entretien.

RSF a saisi des mécanismes régionaux, dont la Commission africaine des droits de l’homme, et internationaux, notamment les Nations unies, afin de demander des comptes aux autorités nigériennes. Celles-ci, déplore Sadibou Marong, restent silencieuses.

Quels leviers pour obtenir des avancées ?

L’organisation dispose-t-elle de moyens de pression ou de mécanismes encore opérationnels pour faire avancer ce dossier ? Le directeur du bureau Afrique répond que RSF mise sur le plaidoyer international, la mobilisation des réseaux de journalistes et les voies juridiques. Il affirme que la situation de Moussa Kaka constitue une priorité absolue.

Journalistes en exil : aide juridique, financière et médicale

Face aux journalistes contraints à l’exil, au Burkina Faso, au Niger ou au Mali, comment éviter que l’exil devienne un instrument de silence ? Marong affirme que le nombre de journalistes en exil a doublé en cinq ans. RSF apporte, dit-il, une assistance directe : bourses d’urgence, aide à l’installation, soutien juridique et médical, ainsi qu’un appui pour permettre aux journalistes de poursuivre leur travail depuis l’étranger.

Contester les suspensions et la censure

Existe-t-il des mécanismes pour contester les suspensions de diffusion et obtenir la réouverture de médias sanctionnés ? L’invité cite l’opération « Collateral Freedom », qui permet de créer des sites miroirs afin de contourner la censure numérique. Sur le terrain judiciaire, RSF soutient également des recours devant les juridictions nationales et régionales, notamment la Cour de justice de la CEDEAO.

Désinformation : la réponse par une information professionnelle

Comment distinguer la lutte légitime contre la désinformation d’une volonté de contrôle politique de l’information ? Pour le responsable de RSF, la meilleure réponse consiste à produire une information de qualité, élaborée par des professionnels. Il évoque le travail d’identification des acteurs de la désinformation, parfois associés à des influences extérieures, dont la Russie et Wagner, et défend le journalisme indépendant comme rempart.

« Le droit à l’information est un besoin fondamental »

Quel avenir pour le journalisme indépendant en Afrique face à ces pressions multiples ? Malgré la dégradation de la situation dans plusieurs pays, Sadibou Marong se dit optimiste. Le journalisme continuera d’exister, estime-t-il, car le droit à l’information est un besoin fondamental des populations. Il appelle à soutenir la pratique professionnelle face aux pressions politiques, aux influences extérieures et aux usages malveillants de l’intelligence artificielle.

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