
Paul-Henri Sandaogo Damiba, l’homme qui, le 24 janvier 2022, promettait la « restauration » de la patrie, a été ramené sur le sol burkinabè le 17 janvier 2026 sous escorte. Extradé du Togo après trois ans d’un exil précaire, l’ancien lieutenant-colonel n’est plus le « sauveur » d’hier, mais le justiciable d’un régime qui semble avoir fait du complot permanent son principal mode de gouvernance.
La trajectoire de Damiba illustre une pathologie politique où le coup d’État, présenté comme un remède, devient le poison. Arrivé au pouvoir par les armes le 24 janvier 2022, il fut renversé huit mois plus tard par le capitaine Ibrahim Traoré, qui avait initialement soutenu son putsch avant de le « rectifier ».
En rapatriant son prédécesseur pour répondre d’un présumé complot déjoué le 3 janvier 2026, Traoré ne cherche pas seulement la justice ; il tente de liquider l’héritage encombrant du « MPSR-1 ». C’est le paradoxe du sabre : le régime actuel est l’enfant de Damiba, mais transforme aujourd’hui le père de la transition en ennemi public. Dans ce système, le protecteur d’hier devient toujours le paria de demain.
Selon les autorités burkinabè, Damiba est poursuivi pour de graves infractions : détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment de capitaux et incitation à la déstabilisation. Les montants évoqués atteignent 70 millions de FCFA. Mais derrière ces accusations, une question dérange : le régime juge-t-il les crimes ou élimine-t-il les rivaux ? L’ombre du nouveau Code pénal, qui réintroduit la peine de mort pour haute trahison, plane sur ce procès à venir.
Cette extradition, bien que légale et validée par la Cour d’appel de Lomé, s’inscrit dans une logique de purge : pour survivre, le pouvoir militaire semble condamné à effacer ses propres origines et à désigner des coupables idéaux pour masquer l’absence de résultats sécuritaires tangibles.
Légitimité effacée : le pouvoir ne repose plus sur le consentement, mais sur la force et la peur. – Justice instrumentalisée : les tribunaux deviennent le bras armé de la survie politique, où toute voix discordante est assimilée à une complicité avec « l’exilé ». – Mémoire brouillée : le peuple assiste à un duel de commandements au lieu d’un projet de société, tandis que la souveraineté affichée cache un isolement diplomatique croissant.
L’extradition de Damiba est un acte de force qui trahit une faiblesse. Un système qui s’auto-dévore finit toujours par s’épuiser. Le Burkina Faso ne sortira pas de cette spirale par la multiplication des procès d’exception, mais par une refondation où le pouvoir sera enfin le fruit d’un contrat social, et non le trophée d’un putsch réussi. Le pays mérite mieux que des répétitions tragiques ; il mérite une paix qui ne nécessite pas de sacrifier ses propres fils sur l’autel de la survie politique.
Sources officielles :
https://www.republicoftogo.com
https://lefaso.net/spip.php?article143895
Moussa Mahamadou Nazirou

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