
Dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, l’aéroport international Diori Hamani et la base aérienne 101 de Niamey ont été la cible d’une attaque armée d’une rare intensité. Aux environs de minuit, des assaillants circulant à moto ont ouvert le feu, provoquant de violents échanges de tirs pendant près d’une demi-heure. Le trafic aérien a été immédiatement suspendu et un dispositif sécuritaire renforcé a été déployé pour reprendre le contrôle de ces sites stratégiques. Le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Abdourahman Tiani, s’est exprimé dès le lendemain pour saluer la bravoure des forces de défense et de sécurité, tout en dénonçant une manœuvre extérieure destinée à affaiblir le Niger. Dans son discours, il a directement accusé la France, la Côte d’Ivoire et le Bénin d’être les commanditaires et les auteurs de cette agression.
Cette escalade verbale n’est pas un incident isolé, mais le reflet d’une stratégie de communication désormais standardisée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). En désignant des puissances étrangères et des voisins régionaux comme les architectes de cette incursion, le pouvoir nigérien suit un schéma déjà éprouvé par ses alliés maliens et burkinabè. Cette « diplomatie de l’accusation » semble avant tout servir à détourner l’attention des failles internes : alors que les putschs étaient justifiés par la promesse d’une sécurité retrouvée, le fait que des assaillants puissent frapper le cœur même de la capitale révèle une porosité inquiétante du dispositif actuel.
Par ailleurs, cette posture permet de renforcer l’unité nationale en agitant le spectre d’une agression coordonnée par d’anciennes puissances coloniales et des voisins perçus comme des subalternes. C’est un levier puissant pour faire taire les critiques internes, puisque dans un tel contexte, contester l’efficacité du régime revient à être accusé de complicité avec l’ennemi. Enfin, cette stratégie justifie l’isolement diplomatique et la rupture avec la CEDEAO, en présentant les difficultés économiques non comme le résultat de choix politiques, mais comme un acharnement international injustifié.
Cette attaque illustre les défis sécuritaires persistants au Niger, mais aussi la détermination du régime à utiliser la souveraineté comme un rempart contre toute remise en question. Si le général Tiani martèle que le Niger refuse d’être le bouc émissaire des puissances étrangères, les accusations répétées sans preuve matérielle ne sauraient masquer la réalité du terrain : ce sont les populations nigériennes qui paient le prix fort de l’instabilité. En se défaussant systématiquement sur des complots extérieurs pour masquer leurs échecs stratégiques, les régimes militaires de l’AES risquent de s’enfermer dans une impasse où le récit politique finit par primer sur la sécurité réelle des citoyens.

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