
C’est dans la capitale marocaine qu’est scellé un rapprochement institutionnel entre deux organismes de régulation audiovisuelle. Latifa Akharbach, à la tête de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) du Maroc, et Ibrahim Manzo Diallo, président du l’Observatoire National de la Communication (ONC) du Niger, ont acté leur coopération par la signature d’une convention-cadre.
Le texte de l’accord place au cœur de ses priorités le partage d’expertises, la formation des régulateurs et l’harmonisation des pratiques dans un paysage médiatique africain en pleine recomposition. Face à la désinformation galopante, aux discours de haine et aux ingérences numériques étrangères, les deux institutions entendent se positionner comme des remparts, et non comme des obstacles, à la liberté d’expression.
Le discours affiché est celui de la souveraineté : il s’agit, selon les termes retenus, de permettre à l’Afrique de « maîtriser son propre récit » face à la domination des grandes plateformes numériques mondiales. Mme Akharbach a insisté sur la nécessité de protéger les droits informationnels des citoyens marocains, nigériens et africains dans ce contexte de transformation accélérée.
Son homologue nigérien a salué la qualité de la coopération bilatérale, mettant en avant la convergence de vues des deux régulateurs sur la question de la souveraineté numérique du continent.
Les discussions ont réuni, côté marocain, le directeur général Benaissa Asloun et plusieurs cadres de la HACA. La délégation nigérienne comprenait Boubé Salifou (membre du collège), Ousmane Garba (secrétaire général), Marie Rose William Tamakloe (directrice du pluralisme) et Abdoulaye Kanni (directeur technique). Les visiteurs ont également eu l’occasion de découvrir les rédactions de Hit Radio à Rabat et du groupe Medi 1 TV à Tanger.
Ce que les discours officiels n’ont pas abordé
Pendant que les deux délégations échangeaient sur la liberté médiatique, six journalistes nigériens se trouvaient toujours derrière les barreaux. L’ONU recensait 13 arrestations de professionnels des médias au Niger en 2025, poursuivis pour « atteinte à la défense nationale » ou « complot contre l’autorité de l’État ». En ce début d’année 2026, l’ONC a déjà suspendu l’accès à plusieurs médias internationaux, dont RFI, France 24 et l’AFP. Le pays a par ailleurs reculé de 37 places dans le dernier classement de Reporters Sans Frontières, tombant à la 120e position sur 180 pays.
Un journaliste nigérien, qui a requis l’anonymat, égraine les noms : Hamid Mahmoud (Sahara FM), Oumarou Abdou Kane (Le Hérisson), Youssouf Seriba (Les Échos), Ibro Chaibou (Saraouniya FM), Serge Mathurin Adou (Canal 3) et Moussa Tchangari (Alternative) sont en détention ou sous poursuites.
Le cas de Hamid Mahmoud est emblématique : incarcéré depuis mai 2025, il travaille pour Sahara FM, le média dont Ibrahim Manzo Diallo est toujours le promoteur, tout en présidant désormais l’ONC par nomination de la junte.
« Et la liste est encore longue », conclut notre source.

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