À la une

CENTRAFRIQUE : VENGEANCE POLITIQUE OU HUMILIATION INSTITUTIONNELLE ? ANICET-GEORGES DOLOGUÉLÉ, L’OPPOSANT RENDU APATRIDE

Loading

Dans une République où la légalité semble désormais plier sous le poids des calculs tactiques, l’affaire Anicet-Georges Dologuélé ne relève plus du simple différend administratif. Elle pose une question brutale sur l’état de notre État de droit : jusqu’où le pouvoir en place est-il prêt à aller pour neutraliser une opposition dérangeante ?

Arrivé en position clé lors du récent scrutin et porté à l’Assemblée nationale par les suffrages de la circonscription de Bocaranga 1, Anicet-Georges Dologuélé se retrouve aujourd’hui piégé dans un imbroglio juridico-politique inédit. Validée en amont par la plus haute instance constitutionnelle du pays, la candidature du leader de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) est désormais remise en cause par l’appareil administratif et judiciaire de première instance, qui tend à le priver de sa nationalité et à le maintenir dans une immobilité forcée.

Comment expliquer qu’un homme politique, pleinement rétabli dans ses droits par le Conseil constitutionnel, se retrouve aujourd’hui traité comme un « intrus constitutionnel » sur son propre sol ?

L’incohérence du dossier saute aux yeux lorsqu’on examine la chronologie des faits. Lors des phases contentieuses préélectorales, la Haute Cour avait purgé la question de son éligibilité. Rappelant un principe fondamental du droit international et interne, selon lequel aucun citoyen ne peut être statutairement rendu apatride, la juridiction constitutionnelle avait tranché : la renonciation à la nationalité française d’Anicet-Georges Dologuélé réaffirmait la pleine effectivité de sa citoyenneté centrafricaine.

L’élu de Bocaranga 1 dispose ainsi d’une double légitimité : la décision irrévocable de la plus haute juridiction du pays et l’onction du suffrage populaire.

Pourtant, en s’appuyant sur une lecture anachronique du Code de la nationalité de 1961, le ministère de l’Intérieur et les tribunaux de première instance continuent de contester ses pièces d’identité et retiennent son passeport. Cette manœuvre isole délibérément le leader de l’opposition, particulièrement ciblé depuis son engagement au sein du Bloc républicain pour la défense de la Constitution du 30 mars 2016.

Pour de nombreux observateurs de la vie politique à Bangui, cette pression constante exercée sur Anicet-Georges Dologuélé ne relève pas de la rigueur juridique, mais d’une stratégie d’usure ciblée :

  • En le privant de documents de voyage valides, le pouvoir restreint sa liberté de mouvement et l’empêche de mener son action diplomatique, notamment auprès des instances continentales comme l’Union africaine.

  • En opposant des consignes ministérielles ou des décisions de première instance à un arrêt souverain du Conseil constitutionnel, l’exécutif crée une insécurité juridique généralisée pour l’ensemble des acteurs politiques.

  • En contraignant le chef de l’URCA à se défendre en permanence sur le terrain de ses droits civiques fondamentaux, le pouvoir étouffe les débats socio-économiques cruciaux au profit d’une querelle d’État épuisante.

Cette offensive administrative met en lumière la porosité de la frontière entre rigueur institutionnelle et règlement de comptes politique dans le paysage post-électoral centrafricain. Face à ce mépris affiché pour l’autorité de la chose jugée, la question demeure : qui, du citoyen ou de l’État, garantira en dernier ressort le respect du droit ?

Affaire à suivre.

Partager cet article

Laisser un commentaire

À lire aussi

Les rubriques — Sahel d’Afrique
Sahel d’Afrique · Rubriques

Explorez nos catégories

Toutes les rubriques

En savoir plus sur Sahel d'Afrique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture