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RCA : SÉCURITÉ, GOUVERNANCE ET SOUVERAINETÉ : L’ANALYSE SANS CONCESSION DE CRÉPIN MBOLI-GOUMBA

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Figure de proue de l’opposition et observateur chevronné des dynamiques politiques africaines, le président du Parti PATRIE et coordonnateur du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution du 30 Mars 2016 (BRDC), Maître Crépin Mboli-Goumba est l’invité exceptionnel du magazine Sahel d’Afrique. Au micro de Jonathan Débonnaire Gonissere, il passe en revue la crise globale qui traverse la République centrafricaine.

Alors que les drames se succèdent à Zémio avec l’assassinat de leaders religieux, à Am-Dafock sous la pression des mouvements armés, ou encore à Boali en raison de tensions communautaires sous-jacentes, l’effectivité de l’autorité régalienne sur l’ensemble du territoire pose question.

  • La question du correspondant :

Jonathan Débonnaire Gonissere : Me Mboli-Goumba, plusieurs régions de la République centrafricaine sont à nouveau frappées par un cycle de violences récurrentes : l’assassinat d’un prêtre à Zémio, l’attaque d’Am-Dafock par des groupes armés, ou encore très récemment les tensions à Boali après la mort d’un jeune, qui ont entraîné la destruction d’un lieu de culte et d’habitations. Quelle est votre analyse de cette détérioration sécuritaire et que révèle-t-elle selon vous sur l’efficacité de la gouvernance actuelle en matière de protection des populations ?

  1. Sur la détérioration sécuritaire (Zémio, Am-Dafock, Boali)

Ce qui se passe à Zémio, à Am-Dafock ou à Boali n’est pas une fatalité, c’est le symptôme clinique de la faillite de l’État. Quand un prêtre est assassiné, quand un ressortissant suisse est assassiné avec son garde du corps à quelques kilomètres de Damara, quand des citoyens sont abandonnés aux groupes armés ou que des tensions communautaires explosent à quelques kilomètres de la capitale, cela révèle une vérité cruelle : le pouvoir actuel a abdiqué sa mission régalienne première, qui est de protéger les Centrafricains.

Ce régime a préféré investir toutes ses ressources dans sa propre survie politique et dans la protection de ses intérêts claniques plutôt que dans la structuration d’une véritable sécurité nationale. La gouvernance actuelle ne protège pas : elle colmate, elle subit, et pire, elle instrumentalise la détresse du peuple. Pour le Parti PATRIE, la sécurité n’est pas une promesse électorale, c’est le contrat fondateur entre l’État et la Nation. Aujourd’hui, ce contrat est rompu.

Jonathan Débonnaire Gonissere : Me Mboli-Goumba, le paysage politique centrafricain donne le sentiment d’une opposition à deux vitesses : d’un côté, des formations qui ont fait le choix de participer au jeu du pouvoir, et de l’autre le BRDC qui maintient une ligne dure. Face aux critiques régulières des communicants du régime qui dépeignent une coalition essoufflée et affaiblie, comment comptez-vous démontrer que le BRDC reste la principale force d’alternative démocratique et non un regroupement en perte de vitesse ?

  1. Sur l’état de l’opposition et l’efficacité du BRDC

Laissons les communicants du régime à leurs illusions d’optique. Parler d’une opposition à deux vitesses est un trompe-l’œil : il y a ceux qui se sont couchés pour quelques prébendes, et il y a ceux qui restent debout pour la dignité du peuple centrafricain. Le BRDC n’est pas affaibli ; il est le dernier rempart éthique et démocratique de notre République.

Si nous étions insignifiants ou essoufflés comme ils le prétendent, pourquoi le pouvoir consacre-t-il autant d’énergie, de ressources et de manœuvres à tenter de nous réduire au silence ? Le BRDC n’a pas besoin de faire du bruit superflu dans les salons de Bangui pour prouver sa légitimité. Notre force réside dans la clarté de nos principes et dans le rejet massif, par la population, d’un système à bout de souffle. Nous sommes l’alternative crédible parce que nous refusons la compromission.

Jonathan Débonnaire Gonissere : Vous vous êtes toujours dressé comme un fervent défenseur de la Constitution du 30 mars 2016. Face aux velléités d’un troisième mandat et à la nouvelle architecture constitutionnelle imposée par le pouvoir en place, quels leviers juridiques et politiques restent-ils aujourd’hui à l’opposition pour imposer le principe de l’alternance démocratique ?

  1. Sur la défense de la Constitution et les leviers d’alternance

On ne négocie pas avec le tricotage constitutionnel ni avec le coup d’État de droit. La Constitution du 30 mars 2016 était le fruit d’un consensus national douloureusement acquis après des années de crise. En imposant leur texte sur mesure pour s’éterniser au pouvoir, le régime a violé le pacte républicain.

Quels leviers nous restent-ils ? Le premier, c’est le droit et la résistance constitutionnelle. Aucun diktat personnel ne peut effacer la volonté d’un peuple libre. Le second, c’est la mobilisation citoyenne et politique. L’histoire nous apprend que les régimes qui ferment les voies légales d’alternance finissent toujours par se heurter à la réalité. Nous continuons d’éveiller les consciences, d’alerter nos partenaires et d’organiser la résistance démocratique. L’alternance n’est pas une option, c’est une nécessité vitale pour la survie de la Centrafrique.

Jonathan Débonnaire Gonissere : En tant qu’avocat et figure de proue de l’opposition, vous avez vous-même fait l’objet de poursuites judiciaires. Quelle est aujourd’hui votre appréciation de l’État de droit et de l’indépendance de la justice en République centrafricaine ? Considérez-vous que l’espace d’expression pour la société civile et l’opposition est en train de se verrouiller irréversiblement ?

  1. Sur la justice, l’État de droit et les poursuites contre l’opposition

En tant qu’avocat, c’est un déchirement de constater ce qu’ils ont fait de notre justice. Elle a été instrumentalisée, caporalisée et transformée en bras armé pour traquer les voix dissidentes, les défenseurs des droits humains et les leaders de l’opposition. Mon expérience personnelle n’est qu’un détail dans l’océan d’injustices subies quotidiennement par nos concitoyens anonymes.

Oui, l’espace démocratique se verrouille. Mais rien n’est irréversible tant qu’il reste des femmes et des hommes résolus à ne pas baisser la tête. On peut instrumentaliser les juges, on peut multiplier les arrestations arbitraires et les procès politiques, mais on ne jugera jamais le besoin fondamental de liberté du peuple centrafricain. L’État de droit se reconstruira sur les ruines de l’arbitraire actuel.

Jonathan Débonnaire Gonissere : La situation sécuritaire à l’intérieur du pays reste précaire, marquée par la présence de groupes armés et le recours massif à des partenaires militaires étrangers. Quelle est la doctrine du parti PATRIE pour restaurer l’autorité de l’État, réformer nos forces armées (FACA) et garantir une véritable souveraineté nationale sans dépendance extérieure diplomatique ou militaire ?

  1. Sur la doctrine du Parti PATRIE : Sécurité, FACA et Souveraineté

La doctrine du Parti PATRIE tient en trois mots : Dignité, Souveraineté, Équité. La sous-traitance de la sécurité nationale à des forces étrangères ou à des mercenaires est un aveu d’impuissance et un piège stratégique. On ne bâtit pas la souveraineté d’un pays sur la dépendance sécuritaire.

Pour nous, la restauration de l’autorité de l’État passe par :

La réorganisation structurelle des FACA : Une armée républicaine, professionnelle, équipée et véritablement pluriethnique, dépolitisée et libérée des logiques de clientélisme.

Le maillage du territoire : La présence permanente des services de l’État et de la police de proximité dans chaque préfecture, et non pas uniquement la sécurisation des axes stratégiques de la capitale.

Une diplomatie souveraine : Traiter avec tous nos partenaires internationaux d’égal à égal, dans le respect strict de notre souveraineté nationale et des intérêts exclusifs des Centrafricains.

  1. Sur la crise socio-économique et le projet de société du Parti PATRIE

La misère actuelle n’est pas un accident de parcours : elle est le résultat direct de la corruption, du gaspillage des deniers publics et de l’absence totale de vision économique. On ne gère pas un pays par des slogans pendant que la jeunesse s’enfonce dans le chômage et que les mères de famille ne peuvent plus remplir le panier de la ménagère.

Jonathan Débonnaire Gonissere : Quelle est votre analyse sur la dernière revue de la Banque mondiale sur la RCA ?

Les chiffres de la Banque mondiale ne mentent pas, ils viennent simplement acter ce que chaque ménage centrafricain subit douloureusement dans sa chair au quotidien : notre économie fonctionne au ralenti et l’État centrafricain est en faillite financière et morale.

Quand les rapports des institutions financières internationales soulignent la persistance d’une pauvreté extrême affectant plus de 70 % de la population, la stagnation du PIB et la détérioration continue du climat des affaires, cela révèle deux réalités fondamentales :

L’échec cuisant de la gouvernance économique du régime : Le pouvoir de Bangui ne crée pas de richesses, il s’adonne à la gabegie financière et à l’endettement improductif. Il est incapable de moderniser le cadre fiscal, de sécuriser les corridors commerciaux ou de créer un environnement attractif pour les investisseurs sérieux.

Le déni de réalité de la propagande officielle : Là où le pouvoir tente de masquer son incapacité derrière des slogans triomphalistes, la Banque mondiale met en lumière l’effondrement du pouvoir d’achat, le chômage massif de nos jeunes et la vulnérabilité extrême de notre réseau d’infrastructures.

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