
Deux signatures, deux tampons, deux associations réduites au silence. Ce mardi 9 juin 2026, le ministre d’État en charge de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a signé en une seule journée deux arrêtés distincts suspendant pour trois mois deux organisations islamiques reconnues au Burkina Faso. Un acte administratif sobre dans la forme, mais lourd de sens dans le fond.
Deux arrêtés, deux motifs, un même silence
Le premier arrêté, n°2026-0381/MATM/SG/DGAT, frappe la Coordination des jeunes musulmans du Burkina Faso (CJMB), reconnue officiellement depuis le 16 octobre 2019 sous le récépissé N°0685601. Motif retenu : « faits de troubles à l’ordre public ».
Le second arrêté, n°2026-0380/MATM/SG/DGAT, vise l’association As Salam, reconnue depuis le 10 septembre 2022 sous le récépissé N°0001462101. Motif invoqué : « activités non conformes à son but ».
Dans les deux textes, la même architecture juridique : trois articles, une décision, une exécution confiée au Secrétaire général du ministère, et une publication « partout où besoin sera ». Pas un mot de plus. Aucun fait précis. Aucune date d’incident. Aucune mise en demeure préalable mentionnée.
Des organisations enracinées dans le tissu social
Ce que les arrêtés ne disent pas, les faits le rappellent. La CJMB et As Salam ne sont pas des structures marginales. Actives dans les domaines social, humanitaire et éducatif, elles comptent parmi les organisations islamiques les plus visibles du pays. Formations, séminaires, actions de solidarité envers les populations vulnérables : leur empreinte sur le terrain est documentée et reconnue.

Leur suspension immédiate interrompt l’ensemble de ces activités jusqu’au début du mois de septembre 2026, sauf levée anticipée des arrêtés — une hypothèse que les textes ne prévoient pas.
La loi citée, mais le droit tu
Les deux arrêtés s’appuient expressément sur la loi n°011-2025/ALT du 17 juillet 2025 portant liberté d’association au Burkina Faso. C’est précisément cette loi qui encadre les conditions dans lesquelles une association peut être suspendue ou dissoute par voie administrative. Or, la même loi implique en principe une motivation circonstanciée et transparente des décisions restrictives.
En se contentant de formules génériques — « troubles à l’ordre public », « activités non conformes » — sans en expliciter le contenu, les arrêtés laissent ouvertes des questions légitimes sur la proportionnalité et le fondement factuel des mesures prises.
Des questions sans réponse
Quels faits précis ont motivé ces suspensions ? Les associations ont-elles été entendues ? À ce jour, les autorités n’ont fourni aucune précision publique, plongeant les observateurs et les membres de ces organisations dans l’incompréhension totale.
Ce silence institutionnel, ajouté à la simultanéité des deux décisions, ne manquera pas d’alimenter le débat sur la transparence de la gestion associative au Burkina Faso, dans un contexte où la société civile reste un acteur essentiel de la cohésion nationale.
Par : D. Ouédraogo – correspondant Burkina
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