
Faute de victoires sur le front de l’insécurité chronique et du développement, la junte de Niamey s’invente des ennemis de l’intérieur. Près de trois ans après le coup de force, alors que le Niger s’enfonce dans l’inflation galopante, les taxes étouffantes et l’arbitraire.
Le régime du général Tiani franchit un nouveau seuil dans l’indignité : après avoir déchu de leur nationalité une vingtaine de personnalités politiques, de militaires, de cadres de l’État et de simples citoyens, il retourne désormais cette arme juridique contre la communauté des Arabes Mohamid, née sur le sol national.
L’histoire se répète à Niamey avec une cruauté méthodique. Après s’être emparé du pouvoir, le régime a déchu de leur nationalité nigérienne des personnalités politiques et des cadres de l’État. On compte une vingtaine de personnes visées à ce jour depuis l’arrivée de la junte, avec pour seul grief leur opposition au coup de force. Aujourd’hui, le pouvoir militaire franchit un seuil irréparable en retournant ses décrets d’apatridie contre des communautés entières nées sur le sol nigérien.
Le naufrage du CNSP : Nigériens hier, exilés par décret aujourd’hui
Le sort réservé aux Arabes Mohamid est le miroir d’une trahison nationale. Comment peut-on décréter étrangers des hommes dont les pères ont combattu sous le drapeau, dont les enfants fréquentent les écoles de Diffa et dont les aïeux reposent dans cette terre du Sahel ?
Voilà le visage du Niger sous le général Tiani : un État qui fabrique ses propres parias par décret, qui chasse ses enfants comme on balaie de la poussière et qui ose appeler cela « souveraineté ». En reniant ceux qui servent dans ses propres forces de défense, la junte ne protège pas la patrie, elle la mutile.
Un communiqué, une alerte
Le Mouvement Patriotique pour la Liberté et la Justice (MPLJ) a révélé dans son Communiqué N°003/2026 que le ministère de l’Intérieur de la junte aurait instruit les gouverneurs de Diffa et de Zinder d’organiser le renvoi forcé de la communauté arabe Mohamid vers le Tchad. Cette communauté est installée dans l’est du Niger depuis près d’un demi-siècle. Plus de 80 % de ses membres sont nés sur le sol national et ses jeunes servent activement dans les forces de défense et de sécurité du pays.

La nationalité comme arme : un précédent déjà établi
Ce n’est pas la première fois que Niamey brandit la nationalité comme instrument de répression. Le 10 octobre 2024, le général Tiani a signé un décret retirant provisoirement leur nationalité nigérienne à neuf proches de l’ancien président Bazoum. Ils étaient accusés notamment de complot contre l’État et d’intelligence avec une puissance étrangère. Le mouvement s’est poursuivi le 1er avril 2026 avec deux nouvelles déchéances prononcées contre des personnalités en exil.
Human Rights Watch a dénoncé ces mesures. L’organisation estime que la base de données antiterroriste utilisée comme fondement juridique ne respecte pas certains principes internationaux en matière de droits humains car elle fixe des critères d’inclusion trop larges.
La contradiction identitaire qui accable le régime
Le paradoxe est cinglant. La junte nigérienne avait cherché à construire sa légitimité nationale en s’appuyant sur les discours de contestation identitaire portés par les adversaires politiques de Mohamed Bazoum. Ce dernier appartient à la tribu des Ouled Slimane, issue du Fezzan libyen et présente au Niger comme au Tchad depuis des générations. Sa nigérianité avait pourtant été tranchée par un constitutionnaliste de l’Université de Niamey : pour détenir la nationalité, il suffit que l’un des parents soit Nigérien. Or, les documents d’état civil de Mohamed Bazoum et de sa mère établissent clairement leur appartenance nigérienne.
Le régime a donc d’abord tiré profit de ces attaques sur l’arabité de Bazoum pour justifier son éviction avant de s’apprête à expulser une communauté arabe nigérienne pour des raisons similaires. La cohérence n’est pas dans l’idéologie, elle est dans la volonté d’éliminer.
Un bilan qui condamne
Alors que le peuple nigérien attendait, après trois ans de gouvernance, un bilan synonyme de stabilité et de progrès, la réalité du terrain offre un contraste saisissant. À la place du redressement promis, le pays s’enfonce dans une forme d’arbitraire institutionnalisé. L’insécurité persiste, exacerbée par une montée préoccupante des menaces terroristes, tandis que les indicateurs socio-économiques virent au rouge : pauvreté endémique, sous-développement et une inflation galopante qui rend les produits alimentaires de base inaccessibles.
Cette dégradation est étroitement liée à la rupture brutale avec les partenaires clés du Niger. Ces alliés historiques, autrefois présentés par le discours officiel comme ceux qui « pillaient » nos ressources, assuraient pourtant un équilibre économique dont l’absence se fait cruellement sentir. Depuis leur départ, le vide n’a été comblé que par une pression fiscale étouffante. Sous couvert de l'”effort de guerre”, les citoyens sont soumis aux prélèvements obligatoires du Fonds de Soutien pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP). Ces taxes imposées sur les salaires, les transports et les communications pèsent lourdement sur les ménages, sans que les résultats sécuritaires ne justifient de tels sacrifices.
À cet étranglement financier s’ajoute la dissolution d’organisations sociales et la fermeture d’organes vitaux pour le pays. Les autorités ont d’ailleurs recommandé la prolongation de cinq ans de la période de transition et interdit le multipartisme. La situation humanitaire s’est aggravée avec près d’un million de personnes déplacées et trois millions de citoyens nécessitant une aide d’urgence, drastiquement réduite après l’expulsion des ONG internationales.
Le Niger appartient à tous ses enfants. En effaçant les Mohamid, le régime n’exclut pas seulement une communauté, il brise le contrat social qui unit la Nation. Chaque famille arrachée à sa terre sera un acte dont les responsables devront répondre devant l’Histoire.

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