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HAUT-MBOMOU : LA FERMETÉ DE BANGUI À L’ÉPREUVE DES FAITS, ENTRE IMPASSE POLITIQUE ET ANGOISSE DES FAMILLES

Alors que les autorités administratives et électorales enlevées en décembre 2025 restent aux mains de la milice Azandé Ani Kpi Gbé, le refus catégorique de négocier affiché par la Présidence suscite une vive controverse. Entre incohérence stratégique, médiations souterraines et vide sécuritaire à l’Est, la politique de la « main tendue » prônée par le président Touadéra semble se heurter à un mur.

La déclaration est tombée comme un couperet lors de la récente conférence de presse hebdomadaire du porte-parole de la Présidence, Albert Yaloké Mokpème : pas de dialogue avec la milice Azandé Ani Kpi Gbé. Pour le pouvoir central, il s’agit de fixer une frontière éthique et légale stricte.

Accepter de s’asseoir à la table des négociations sous la pression de ravisseurs détenant la sous-préfète de Bambouti, le commandant de brigade et deux agents de l’Autorité Nationale des Élections (ANE) équivaudrait, selon Bangui, à légitimer le chantage armé comme mode d’action politique.

Mais sur l’échiquier politique national, ce ton martial peine à convaincre unanimement. Plusieurs acteurs de la société civile, à l’instar de Quentin Ngbouando, coordonnateur de la plateforme I Gwé, dénoncent ce qu’ils qualifient de « contradiction flagrante » avec la doctrine officielle de l’État.

Historiquement, le président Faustin Archange Touadéra a bâti sa légitimité et ses mandats sur la promesse d’une « main tendue », consacrée par l’Accord politique de paix (APPR-RCA).

Dès lors, une question brûle toutes les lèvres à Bangui : pourquoi négocier avec certains groupes armés signataires de l’accord ou intégrés au processus de désarmement, tout en fermant hermétiquement la porte à un mouvement d’autodéfense communautaire né de la défaillance sécuritaire face aux incursions de l’UPC ou de la LRA ? Ce sentiment d’une politique du « deux poids, deux mesures » renforce l’impression d’un abandon des populations de l’extrême Est.

Sur le terrain, la réalité s’avère bien plus complexe que la rigidité des discours officiels. Pendant que la Présidence affiche une fermeté intransigeante devant les projecteurs, des mécanismes parallèles s’activent dans l’ombre :

• Les démarches institutionnelles discrètes : Le ministère de l’Action humanitaire a lui-même initié des contacts.

• Les acteurs de terrain : La Plateforme des confessions religieuses et les Comités locaux de paix multiplient les missions de médiation pour obtenir une libération sanitaire ou progressive des otages.

Cette dualité révèle un appareil d’État tiraillé. D’un côté, le pouvoir doit préserver l’image d’un État souverain qui ne plie pas devant la terreur ; de l’autre, il laisse les réseaux religieux et humanitaires tenter d’éviter une tragédie.

Cependant, cette stratégie de la corde raide montre rapidement ses limites. Faute d’une capacité de projection militaire rapide et chirurgicale des Forces armées centrafricaines (FACA) dans une préfecture aussi enclavée que le Haut-Mbomou, l’option de la force reste hautement périlleuse pour la vie des captifs. Le statu quo s’installe, plongeant les familles des quatre fonctionnaires dans un calvaire logistique et psychologique qui dure depuis plus de sept mois.

Le Haut-Mbomou porte encore les stigmates des violences passées, illustrées par le martyr d’acteurs religieux et communautaires tombés sous les balles de la violence armée. Fermer totalement la porte à toute issue politique pour la milice Azandé Ani Kpi Gbé comporte un risque majeur : la surenchère sécuritaire.

Privés de perspectives de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR), les éléments de la milice pourraient durcir leur posture, asphyxier davantage les axes économiques de la préfecture et cibler directement les symboles de l’autorité publique. De plus, une détérioration de la situation ouvrirait un boulevard aux critiques de l’opposition démocratique, réunie notamment au sein du BRDC, qui n’hésitera pas à pointer du doigt l’incapacité du gouvernement à protéger ses propres agents envoyés en mission officielle.

En refusant de parler à la milice Azandé Ani Kpi Gbé, le gouvernement se retrouve enfermé dans un dilemme classique : préserver le prestige de l’État au risque de sacrifier des vies humaines, ou faire preuve de pragmatisme au risque de froisser sa propre ligne politique.

À l’approche des grands rendez-vous politiques et sécuritaires du pays, le Haut-Mbomou ne peut rester une zone d’ombre administrative et militaire. Si la force brute et la rhétorique d’exclusion ne s’accompagnent pas d’un dialogue communautaire sincère et d’un renforcement réel de la présence républicaine, c’est toute la stabilité de la frontière Est centrafricaine qui risquerait de basculer durablement dans l’inconnu.

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