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RCA : LA BANQUE MONDIALE PRÔNE UNE THÉRAPIE DE CHOC POUR LES FINANCES PUBLIQUES

Bangui, le 03 juillet 2026 – DR

Face à un déficit budgétaire chronique et une dépendance critique vis-à-vis de l’aide extérieure, l’institution financière internationale exhorte Bangui à opérer des réformes structurelles profondes et à numériser sa fiscalité.

C’est un diagnostic sans concession, assorti d’une feuille de route ambitieuse, que la Banque mondiale vient de dresser à Bangui. À l’occasion de la publication de sa dernière revue des finances publiques de la République centrafricaine, intitulée « Renforcer la transparence, la viabilité et l’efficacité du secteur public : Résumé à l’intention des décideurs politiques », l’institution financière internationale appelle à un changement radical de paradigme.

Présenté dans les locaux de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) devant un parterre de cadres des différents ministères sectoriels, d’experts nationaux et internationaux, ce rapport met en lumière le déséquilibre persistant entre des dépenses régaliennes en constante augmentation et des recettes intérieures structurellement insuffisantes.

L’analyse de la période 2016-2022 révèle des faiblesses structurelles alarmantes. La mobilisation des ressources intérieures de la RCA stagne sous la barre des 10 % du Produit Intérieur Brut (PIB), alors que les seules dépenses courantes absorbent au moins 12 % du PIB, principalement englouties par la masse salariale de la fonction publique et le financement des services de base.

Cette asymétrie budgétaire force l’État centrafricain à une quête permanente d’appuis extérieurs. Selon la Banque mondiale, l’aide internationale finance aujourd’hui jusqu’à 84 % du budget de développement, exposant le pays à un risque majeur d’insoutenabilité de la dette et compromettant sa souveraineté économique.

Les chiffres récents confirment cette trajectoire sur le fil du rasoir :

  • Exercice 2025 : Initialement fixé à 367,2 milliards de FCFA, le plafond des dépenses a dû être révisé à la hausse à 384,38 milliards de FCFA dans le collectif budgétaire.

  • Exercice 2026 : Les projections de dépenses atteignent 396,35 milliards de FCFA pour couvrir les programmes sociaux, les infrastructures et les impératifs du cycle électoral, générant un déficit budgétaire d’environ 28 milliards de FCFA.

Classée au 191e rang sur 193 pays selon le dernier rapport du PNUD, la RCA forte de ses 5,9 millions d’habitants doit impérativement redresser la barre. Pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030, le rapport souligne que le pays devrait être en mesure de porter ses dépenses de développement à 47 % du PIB, un objectif irréalisable sans une refonte totale de son logiciel fiscal.

Pour la Banque mondiale, la solution ne réside plus dans l’assistance internationale, mais dans la capacité du pays à générer sa propre richesse. L’institution préconise la mise en œuvre immédiate d’un plan de réformes intégrales axé sur plusieurs leviers stratégiques :

    • L’élargissement de l’assiette fiscale : Une taxation accrue et mieux ciblée sur les secteurs porteurs tels que les télécommunications, les hydrocarbures et l’extension des droits d’accise.
    • Le gisement des ressources naturelles : Entre 2020 et 2021, les secteurs minier et forestier n’ont généré que 3,7 milliards de FCFA en taxes principales. Les experts estiment qu’une amélioration de la productivité et de la transparence dans la gestion forestière pourrait propulser ces recettes entre 6,5 et 9,1 milliards de FCFA (soit 11 à 12 millions de dollars USD).

    • La modernisation administrative : Le déploiement rapide d’infrastructures et de systèmes numériques pour moderniser l’administration fiscale, sécuriser les recettes et mieux recouvrer les arriérés fiscaux.

    Par ailleurs, le rapport insiste sur la nécessité d’une gestion plus orthodoxe de la trésorerie. Cela passe par une meilleure prévisibilité des flux, l’établissement d’une grille stricte de priorisation des dépenses publiques, une classification budgétaire cohérente et la publication régulière de rapports de transparence.

    « Seules les ressources intérieures pérennes permettront à l’État d’engager des programmes de développement durables pour la population », rappelle l’institution.

    Ces recommandations rigoureuses n’ont pas suscité de rejet de la part des autorités centrafricaines. Bien au contraire, le Ministère du Plan et de la Coopération internationale a d’ores et déjà manifesté son approbation formelle des conclusions du rapport. Le gouvernement a réaffirmé sa volonté politique d’accélérer la transition numérique du système fiscal, perçue comme le principal rempart contre la déperdition des ressources publiques.

    Le défi reste désormais entier pour Bangui, traduire ces orientations stratégiques en actions concrètes afin de rompre le cycle de la dépendance et d’amorcer l’essor économique tant attendu par la population centrafricaine.

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