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Ghana – Accra sous les eaux : l’argent d’urgence peut-il éponger des années de négligence ?

Après des inondations qui ont fait au moins douze morts dans la capitale ghanéenne, le président John Mahama a débloqué près de 26,5 millions de dollars. Mais entre pluies exceptionnelles et défaillances structurelles anciennes, la responsabilité du désastre reste disputée.

Le 29 juin, un déluge de 140 millimètres de pluie s’est abattu sur Accra en une seule journée — un niveau de précipitations que les autorités ghanéennes qualifient d’exceptionnel, puisqu’il dépasse largement le record journalier de l’année précédente, établi autour de 56 millimètres. Les eaux ont rapidement submergé plusieurs quartiers de la capitale et d’autres localités du sud du pays, piégeant véhicules et habitants. Le bilan humain s’est alourdi jour après jour : au moins douze morts — trois femmes, huit hommes et un enfant, selon le décompte des pompiers —, sept personnes toujours portées disparues, près de 39 000 sinistrés et plus de 7 700 ménages contraints de quitter leur domicile.

Une réponse financière rapide, en deux volets

Face à l’ampleur des dégâts, le président John Dramani Mahama a ordonné le déblocage immédiat de 300 millions de cedis ghanéens — environ 26,5 millions de dollars — puisés dans le Fonds de réserve national. L’enveloppe est scindée en deux parts égales : 150 millions de cedis pour l’assistance d’urgence aux populations sinistrées, et autant pour financer des travaux d’infrastructure destinés à limiter le risque de nouvelles inondations. Le chef de l’État a par ailleurs mobilisé l’armée et la police en soutien à l’Organisation nationale de gestion des catastrophes (NADMO), déjà engagée sur le terrain pour les opérations de sauvetage.

Cette rapidité de réaction budgétaire tranche toutefois avec un constat ancien, largement documenté par les autorités ghanéennes elles-mêmes : Accra est inondée presque chaque année, et les causes structurelles du phénomène sont connues de longue date.

Le climat, bouc émissaire commode ?

Le président Mahama a personnellement attribué l’intensité des pluies au changement climatique, soulignant que le gouvernement n’avait « aucun contrôle » sur ce facteur. Une explication que ne dément pas la météorologie — 140 mm en 24 heures reste un événement rare — mais qui occulte une partie du problème, comme l’a reconnu son propre ministre de l’Intérieur. Celui-ci a en effet pointé du doigt le déversement de déchets dans les canaux de drainage et les constructions illégales sur le tracé des cours d’eau, deux facteurs qui, selon lui, ont obstrué l’évacuation des eaux et amplifié mécaniquement la catastrophe.

L’opposition, regroupée au sein du Nouveau Parti patriotique, va plus loin : elle accuse directement l’exécutif de ne pas avoir engagé les projets d’atténuation des inondations promis de longue date. Selon elle, un urbanisme mal maîtrisé et un réseau d’assainissement vétuste seraient les véritables responsables du drame, bien avant la pluie elle-même.

Une vulnérabilité chronique, des solutions encore à venir

Ce n’est pas la première fois qu’Accra paie un lourd tribut à la saison des pluies : la métropole de plus de deux millions d’habitants voit sa population croître plus vite que ses infrastructures, dans un contexte où l’urbanisation informelle grignote régulièrement les zones inondables et les abords des cours d’eau. Les services météorologiques ghanéens ont d’ailleurs averti que le sol, désormais saturé, pourrait transformer de simples averses en nouveaux épisodes de crue dans les prochains jours.

L’enveloppe annoncée par la présidence permettra sans doute de répondre à l’urgence humanitaire immédiate. Reste à savoir si les 150 millions de cedis fléchés vers la prévention suffiront à enclencher les réformes structurelles — drainage, urbanisme, gestion des déchets — que les inondations récurrentes du sud du Ghana réclament depuis des années, et que les seules mesures d’urgence, aussi généreuses soient-elles, ne peuvent remplacer.

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