Macky Sall à l’ONU : le tournant d’une Afrique qui ne veut plus siéger, mais décider

Macky Sall et António Guterres devant les drapeaux des Nations Unies.

L’Afrique a longtemps occupé les bancs de l’Assemblée générale des Nations Unies en observatrice de ses propres crises. Elle y a plaidé, supplié, protesté — rarement décidé. La candidature au poste de Secrétaire général de l’ONU de Macky Sall, ancien chef d’État sénégalais et ex-président en exercice de l’Union Africaine, pourrait marquer une rupture symbolique et politique majeure : celle d’un continent qui ne demande plus seulement à être entendu, mais qui revendique le droit de conduire.

Dans un monde où le multilatéralisme vacille sous le poids des polarisations géopolitiques, la prochaine succession à la tête de l’organisation onusienne constitue bien plus qu’un exercice de diplomatie routinière. Antonio Guterres quittera ses fonctions en décembre 2026, laissant derrière lui une institution fragilisée par l’impuissance face aux guerres en Ukraine, à Gaza et au Soudan, et par une crise de légitimité que ses propres membres ne cherchent plus à dissimuler. Le profil de son successeur conditionnera la capacité de l’ONU à se réinventer ou à s’enliser davantage. C’est dans ce contexte précis que le nom de Macky Sall s’impose avec une cohérence que l’on ne peut ignorer.

Ce qui distingue l’ancien président sénégalais dans ce paysage de candidatures potentielles, c’est moins l’accumulation de titres que la nature singulière de son parcours. Douze ans à la tête du Sénégal, l’un des rares États d’Afrique de l’Ouest à n’avoir jamais connu de coup d’État depuis son indépendance.

Une présidence de l’Union Africaine exercée en pleine tourmente sahélienne, marquée notamment par une initiative diplomatique africaine inédite auprès de Moscou et de Kiev en 2022 pour sécuriser les approvisionnements céréaliers du continent. Et depuis lors, à la tête du Centre Mondial pour l’Adaptation, une présence constante sur les dossiers climatiques qui articulent justice financière et transition énergétique. Rares sont les dirigeants africains qui peuvent revendiquer une telle continuité entre parole et action sur la scène internationale.

Pour le Sahel en particulier, une telle candidature revêt une signification qui dépasse les calculs diplomatiques habituels. La région traverse depuis plus d’une décennie une crise multidimensionnelle — sécuritaire, institutionnelle, climatique — que les mécanismes onusiens ont globalement échoué à enrayer.

Macky Sall a toujours défendu une lecture des crises sahéliennes qui intègre leurs causes profondes : la pauvreté structurelle, le sous-financement du développement, les effets asymétriques du changement climatique sur des populations parmi les plus vulnérables de la planète.

Un Secrétaire général portant cette compréhension depuis l’intérieur de l’institution pourrait changer durablement la manière dont l’ONU aborde la question sahélienne — non plus comme un terrain d’opérations humanitaires d’urgence, mais comme un enjeu de gouvernance mondiale.

La question qui demeure est celle de la volonté politique des membres permanents du Conseil de sécurité, dont le véto conditionne in fine toute nomination. L’histoire récente de l’ONU montre que les candidats africains les plus compétents ne sont pas toujours ceux qui franchissent cette dernière étape. Mais l’époque a changé. La pression des pays du Sud global pour une représentation plus équitable des institutions multilatérales n’a jamais été aussi forte ni aussi articulée.

Et si le prochain Secrétaire général doit incarner cette exigence d’un monde moins asymétrique, alors Macky Sall représente, à ce jour, l’un des profils les plus crédibles pour porter cette ambition. Ce serait, pour l’Afrique, bien plus qu’une victoire symbolique : ce serait le signe que le continent a enfin conquis le droit de peser sur le destin commun de l’humanité.


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