
Le 29 avril 2026, le ministère de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi du Niger a publié un communiqué officiel. Ce document annonce la suppression totale des défilés du 1er mai sur l’ensemble du territoire national.
Au-delà du précédent du COVID-19 en 2020, cette mesure radicale s’apparente à une stratégie de musellement : en interdisant les défilés, les autorités étouffent par anticipation toute critique populaire ou dénonciation publique de la situation nationale. C’est une offensive inédite contre l’expression libre des travailleurs.
Une célébration réduite au silence
Les autorités avancent plusieurs justifications. Elles citent notamment les défis sécuritaires, la consolidation de la souveraineté nationale ainsi que les réformes institutionnelles en cours. Cependant, aucune menace concrète et précise n’a été mentionnée pour appuyer cette décision.
En remplacement des rassemblements habituels, les autorités ont imposé une célébration symbolique. Celle-ci s’articule autour du thème : « Le travailleur nigérien, acteur de la Refondation ». Par conséquent, les organisations syndicales sont invitées à orienter l’ensemble de leurs discours autour de cet axe défini par le régime.
Des libertés syndicales et démocratiques fragilisées
Cette mesure soulève de sérieuses inquiétudes. En effet, le 1er mai constitue historiquement l’un des seuls espaces d’expression publique reconnus aux travailleurs. Le supprimer prive donc les syndicats d’une tribune essentielle pour porter leurs revendications.
Dans le milieu syndical, cette décision est loin de faire l’unanimité. Certains responsables syndicaux boudent ouvertement cette annonce et dénoncent une mesure qu’ils jugent injustifiée. D’autant que la dernière annulation des défilés du 1er mai remontait à 2020, dans un contexte radicalement différent : celui de la pandémie de Covid-19. Invoquer aujourd’hui des raisons sécuritaires vagues, sans précision ni preuve, fragilise donc la crédibilité des arguments avancés par les autorités.
Ce qui accentue davantage les critiques, c’est la décision parallèle des autorités d’autoriser les partisans de la junte à tenir un meeting politique ce jeudi. Ainsi, pendant que les travailleurs sont privés de leur rassemblement traditionnel, des réunions de soutien au régime militaire, elles, ont bien lieu. Cette contradiction alimente les accusations de « deux poids deux mesures » et renforce le sentiment d’une société civile progressivement écartée des espaces publics qui lui appartiennent.
Par : Moussa Mahamadou Nazirou




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