À la une

Mali-Algérie : Volte-face à Bamako, une junte à bout de souffle annonce un dégel sans explication

Quinze mois de brouille, un drone abattu, des ambassadeurs rappelés, un espace aérien verrouillé, et puis, par un communiqué de quelques lignes daté du 10 juillet, tout s’efface. Le gouvernement de la Transition malien a annoncé le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de l’espace aérien national aux aéronefs algériens, civils comme militaires. Ce dégel met fin à une période d’hostilité marquée par des accusations virulentes de Bamako, qui reprochait ouvertement à Alger de collaborer avec les groupes rebelles et de soutenir les ennemis de l’État malien. Cette décision, saluée côté algérien par un geste miroir, a été orchestrée en coulisses par un échange direct entre le chef de la junte, Assimi Goïta, et le président Abdelmadjid Tebboune.

Sur le papier, c’est un soulagement : la crise ouverte en avril 2025, après la destruction d’un drone malien par la défense aérienne algérienne, avait gelé les liaisons aériennes, isolé un peu plus un pays déjà enclavé et exacerbé les tensions entre Alger et l’Alliance des États du Sahel (AES). Sa résolution était attendue.

Un revirement sans explication

Mais la manière interroge autant que le fond. Le communiqué n°2026-003, rédigé en deux points sobres et signé par le porte-parole du gouvernement, ne fournit aucune justification politique à ce changement de cap. Pas un mot sur les raisons qui ont conduit la junte à revenir sur une position qu’elle avait pourtant défendue avec fermeté pendant plus d’un an, ni sur les concessions éventuellement consenties à Alger, ce partenaire qu’elle accusait, il y a encore quelques mois, d’ingérence flagrante dans ses affaires intérieures.

Ce silence est devenu une habitude. Depuis les changements de régime de 2020 et 2021, la Transition malienne a fait de la communication verticale sa méthode de gouvernance : des communiqués qui annoncent, mais qui n’expliquent jamais. Aucun débat parlementaire — le pays étant dépourvu d’une représentation nationale fonctionnelle, aucune consultation publique, aucune mise en perspective sur ce que ce rapprochement implique concrètement pour la souveraineté aérienne et la sécurité du pays, alors même que le Mali affronte une recrudescence des attaques jihadistes, comme l’illustrent les combats meurtriers d’Anéfis début juillet.

La realpolitik du régime militaire

Ce revirement s’inscrit dans un schéma plus large : celui d’un pouvoir militaire qui traite la diplomatie comme un levier tactique, activé ou désactivé selon les rapports de force du moment, sans jamais rendre de comptes sur sa cohérence. Après avoir arrimé Bamako à Moscou et pris ses distances avec la CEDEAO et les partenaires occidentaux historiques, la junte malienne opère aujourd’hui un rapprochement avec un voisin qu’elle vilipendait hier. Pour ses détracteurs, c’est le signe que la ligne dure affichée pendant la crise du drone relevait moins d’un principe immuable que d’un calcul conjoncturel.
Les populations maliennes, elles, restent les grandes absentes de ce jeu diplomatique : ni informées des motivations réelles du dégel, ni associées aux décisions qui engagent pourtant la sécurité et l’avenir économique du pays.

Ce que défendent les autorités

Il faut néanmoins reconnaître les arguments qui plaident en faveur de ce choix. La réouverture de l’espace aérien met fin à un isolement coûteux pour un pays sans accès à la mer, dépendant des liaisons aériennes pour ses échanges commerciaux et humains. Le rapprochement avec Alger permet aussi de restaurer une coopération sécuritaire transfrontalière jugée essentielle face à la menace jihadiste qui frappe le nord du pays.

Enfin, la diplomatie de la discrétion n’est pas propre au régime malien : nombre de gouvernements, y compris dans des cadres démocratiques, gèrent les revirements diplomatiques sensibles sans exposer publiquement le détail des tractations.

Reste que la question demeure entière : un rapprochement aussi rapide, après une rupture aussi brutale, ne devrait-il pas s’accompagner d’un minimum de transparence envers les citoyens dont l’avenir dépend de ces choix ?

Partager cet article

Laisser un commentaire

À lire aussi

En savoir plus sur Sahel d'Afrique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture