Sahel d’Afrique — Barre des rubriques
À la une

Nos frères tombent sous l’uniforme russe, et nos dirigeants appellent Moscou « allié »

Deux visages noirs, figés en noir et blanc, fixent l’objectif. Un bonnet militaire, une casquette étoilée. Ils ont l’âge de nos petits frères, de nos étudiants, de nos cousins partis « chercher la vie ». Aujourd’hui, ils sont morts — jetés dans la boue du Donbass et de Zaporijjia pour une guerre qui n’est pas la leur.

Deux noms, deux destins brisés

Le Service de renseignement ukrainien (GUR) vient de publier leurs histoires. Ngouloure Ibrahim Nkite, né le 10 mars 2003 à Douala, arrive en Russie en février 2026. En avril, il signe — comme tireur, un contrat d’un an avec l’armée russe à Orel. Quelques semaines d’entraînement à peine, et le voilà déployé dans la région occupée de Louhansk. Il est tué vers le 12 mai 2026 près de Lyman.

Tapindjeu Namekong Loique, lui, avait 25 ans. Étudiant à l’université agraire de Mitchourinsk, il signe son contrat le 25 mars 2026 à Vologda. Un mois plus tard, le 23 avril, il tombe près de Houliaïpole, dans la région de Zaporijjia.

Le GUR le souligne froidement : les deux hommes ont été tués environ un mois après avoir signé leur contrat. Un mois. Le temps d’apprendre à tenir un fusil, pas celui d’apprendre à survivre.

Ce ne sont pas des cas isolés

Ces deux noms s’ajoutent à une liste qui ne cesse de s’allonger. Selon le projet ukrainien « Je veux vivre », au moins 106 citoyens camerounais ont perdu la vie en combattant dans les rangs russes depuis le début de l’invasion. À l’échelle de toute l’Afrique, l’Ukraine estime que près de 1 800 Africains ont été enrôlés par Moscou, souvent séduits par de fausses promesses d’emploi ou de formation.

Et le Cameroun lui-même a fini par devoir reconnaître l’ampleur du désastre : en avril 2026, la Russie a officiellement confirmé la mort de seize militaires contractuels camerounais, dans une note transmise à l’ambassade du Cameroun à Yaoundé, sans le moindre détail sur les circonstances ni les dates. Seize familles convoquées par un communiqué lu à la radio publique, comme on annonce une formalité administrative.

Face à ce silence, un journaliste camerounais respecté, Franklin Sone Bayen, a posé la question qui dérange : pourquoi tant de discrétion sur la mort de nos compatriotes, quand l’Ukraine, elle, détient plus de 4 000 prisonniers de guerre russes et communique sans relâche ? Il rappelle une vérité amère : ces jeunes Camerounais ne sont pas des soldats d’une armée nationale, ce sont des mercenaires, utilisés, sacrifiés, puis oubliés par celui qui les a recrutés.

Pendant ce temps, on nous vend Moscou comme « principal allié »

C’est là que la douleur devient colère. Pendant que des jeunes Noirs meurent par centaines sous l’uniforme russe, jetés en première ligne après quelques semaines d’entraînement, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) célèbrent, eux, un partenariat « stratégique » avec Moscou. Le 8 juillet 2026 à Niamey, lors de la deuxième session des consultations ministérielles AES–Russie, le Niger est allé jusqu’à qualifier la Russie de « principal allié » des pays du Sahel dans la lutte contre le terrorisme. Un mémorandum a été signé, un calendrier de rencontres 2026-2027 arrêté, un prochain sommet fixé à Moscou en 2027.

On y parle de souveraineté retrouvée, de monde multipolaire, de lutte contre le « néocolonialisme occidental ». Des mots qui sonnent bien sur une tribune. Mais qui, sur le terrain, paie le prix de cette alliance ? Pas les ministres qui se serrent la main à Niamey. Ce sont des étudiants de Douala, des jeunes en quête d’avenir, recrutés puis expédiés en pâture sur un front glacé, à des milliers de kilomètres de chez eux, pour une guerre qui ne les concerne en rien.

Comment appeler « allié » une puissance qui recrute nos frères par tromperie, les arme à peine, les envoie mourir en un mois, puis se contente d’un fax administratif pour solder les comptes ? La Russie parle de solidarité afro-russe dans ses discours à Niamey ; sur le front, elle traite les Africains recrutés comme une chair à canon interchangeable, au même titre que les prisonniers russes vidés de leurs geôles.

Le vrai visage d’une « alliance »

Il ne s’agit pas ici de nier le droit de nos États à choisir leurs partenaires, ni de plaider pour un retour naïf sous influence occidentale. Il s’agit de nommer les choses : un partenaire qui compte nos morts en silence, qui ne communique que lorsqu’il y est acculé, qui envoie nos jeunes se faire tuer après un mois de contrat, ce partenaire-là ne mérite pas le mot « allié ». Il mérite qu’on lui demande des comptes.

Ngouloure Ibrahim Nkite avait 23 ans. Tapindjeu Namekong Loique en avait 25. Ils ne sont pas des statistiques dans un communiqué du GUR. Ce sont des fils du Cameroun, morts loin de chez eux, pour une cause qui n’était jamais la leur, pendant que d’autres, bien à l’abri dans des salons climatisés, signent des mémorandums de « souveraineté ».

Partager cet article

Laisser un commentaire

À lire aussi

En savoir plus sur Sahel d'Afrique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Sahel d'Afrique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture