
La prise stratégique de la ville frontalière d’Am-Dafock par une coalition armée plonge le Nord-Est de la République centrafricaine dans une nouvelle crise sécuritaire et humanitaire. Entre condamnations fermes à Bangui, accusations d’ingérence étrangère et appels au dialogue de l’opposition, le régime de Faustin-Archange Touadéra fait face à un sérieux test de sa doctrine sécuritaire.
La réaction du chef de l’État
Revenant sur la prise de contrôle de la ville d’Am-Dafock par une coalition rebelle, menée notamment par les éléments de Noureddine Adam et de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), le président Faustin-Archange Touadéra a haussé le ton.
C’est lors d’une audience bilatérale accordée au bureau sortant du Conseil supérieur islamique de Centrafrique que le chef de l’État a exprimé sa ferme condamnation. Pour le locataire du palais de la Renaissance, l’accession au pouvoir doit impérativement emprunter les canaux démocratiques et non la violence militaire.
Le président Touadéra a fustigé une tentative de déstabilisation des institutions de la République, pointant du doigt une alliance jugée contre-nature :
« Des citoyens centrafricains opèrent en étroite collaboration avec des forces armées étrangères en provenance du Soudan, ne s’exprimant même pas en sango, le tout sous la complicité d’intellectuels étrangers. »
Situation tactique et humanitaire
Sur le plan tactique, la tension monte d’un cran. Selon les dernières informations de ce vendredi après-midi, les groupes armés auraient consolidé leurs positions, le nombre de leurs bases logistiques étant passé à deux dans la zone. En réponse, les Forces armées centrafricaines (FACA) et leurs alliés russes ont été déployés en première ligne. Pour l’heure, aucun bilan des opérations militaires en cours n’a été communiqué.
Pendant ce temps, la situation humanitaire est dramatique. Am-Dafock s’est littéralement vidée de ses habitants suite à des incendies de maisons civiles. La population a entamé un exode massif vers Birao, située à environ 65 kilomètres, fuyant les exactions.
La position des ressortissants Fertit
Réunis en conférence de presse ce vendredi après-midi à l’hôtel Azimut de Bangui, les cadres et ressortissants de la région de Fertit ont brisé le silence. Confirmant la présence physique de ces rebelles sur leur terre natale, ils ont apporté des précisions de taille sur la composition des assaillants, affirmant qu’il s’agit :
D’éléments issus des Forces de soutien rapide (FSR) du Soudan.
De ressortissants tchadiens.
Dénonçant une véritable « agression » territoriale, les ressortissants Fertit ont formulé huit recommandations majeures. Ils exigent notamment le retrait immédiat et sans délai de ces éléments étrangers du sol centrafricain et appellent à un soutien massif, logistique et moral, envers les FACA pour garantir la protection des civils.
Réactions politiques
Bien que les regards et les soupçons du pouvoir se tournent vers l’opposition démocratique, et plus particulièrement vers le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), la réaction politique ne s’est pas fait attendre.
Martin Ziguélé, président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), a promptement clarifié sa position. Il a fermement condamné les tueries de civils et réitéré son opposition de principe à toute prise de pouvoir par la force.
Alors que la partie Nord-Est du pays confirme une fois de plus son statut historique de foyer de départ des mouvements de rébellion, l’opposition politique continue de réclamer l’ouverture d’un dialogue inclusif pour décrisper la crise. Une main tendue que le régime de Faustin-Archange Touadéra refuse, pour l’instant, de saisir, préférant s’en remettre à la réponse militaire et au regard de la communauté internationale.

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