
Ouagadougou, 25 juin 2026. Le Conseil des ministres du Capitaine Ibrahim Traoré a tenu sa 21e séance ordinaire. Deux heures et demie de délibérations, des nominations, des décrets. La routine d’un gouvernement comme un autre. Sauf que ce gouvernement devait, à l’origine, n’être qu’une parenthèse.
Septembre 2022. Les putschistes du MPSR-2 promettent une transition rapide vers un ordre constitutionnel rétabli. La sécurité d’abord, les élections ensuite. Le peuple burkinabè, épuisé par l’insécurité et las du régime Damiba, accorde le bénéfice du doute au jeune capitaine. Près de quatre ans plus tard, le compte rendu du 25 juin 2026 dit, sans le dire, tout ce qu’il faut savoir sur la nature réelle de ce pouvoir.
Un État qui se construit, pas une transition qui se conclut
On attendait une feuille de route vers des élections. On trouve à la place une réorganisation méthodique des ministères, des nominations en cascade dans les conseils d’administration, et la création d’une société textile militaire — TEXFORCES-BF — dont l’implantation est désormais déclarée d’utilité publique urgente, justifiant des expropriations foncières à Bobo-Dioulasso. Les forces armées ne sécurisent plus seulement le territoire : elles produisent du coton, gèrent des comptes au Trésor, siègent dans les conseils d’administration.
Ce n’est pas une transition. C’est une fondation.
Les paillettes institutionnelles
Le régime ne manque pas d’habillage démocratique. On légifère sur le travail d’intérêt général pour désengorger les prisons. On modernise les bourses universitaires en y intégrant une « Bourse patriotique ». On réduit à trois jours le délai d’entrée en vigueur des lois. Autant de réformes techniques présentées comme des progrès de gouvernance — et qui le seraient, dans un État de droit. Dans un régime militaire sans calendrier électoral ni liberté de presse garantie, elles servent surtout à donner l’apparence du mouvement là où règne l’immobilité politique.
La sécurité, argument perpétuel
La communication de guerre, elle, continue. Le Conseil a reconduit la mise en œuvre de la Stratégie de communication de guerre et du Plan de communication du Fonds de soutien patriotique — pour près d’un milliard de francs CFA. La menace jihadiste demeure réelle et dévastatrice dans les zones du Sahel et de l’Est. Mais l’insécurité, qui a servi de justification au coup d’État, sert désormais aussi de justification à l’indéfinition de la transition. Tant que le pays est en guerre, les élections attendent. Et la guerre, au Burkina, n’attend pas.
Ce que ce conseil dit en creux
Nulle part dans ce compte rendu il n’est question de date de retour à l’ordre constitutionnel. Nulle part il n’est question des milliers de déplacés internes, des villages coupés du monde, des journalistes expulsés ou réduits au silence. On nomme un nouveau directeur général de la SONABHY, on adopte un organigramme ministériel, on planifie la campagne cotonnière 2026-2027. La machine d’État tourne. La transition, elle, est en panne.
Ce que les putschistes de 2022 appelaient « rectification » ressemble aujourd’hui, décret après décret, à une installation durable. L’histoire des transitions militaires africaines enseigne que le pouvoir provisoire qui se dote de structures permanentes a, depuis longtemps, renoncé au provisoire.

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