Par : Moussa Mahamadou Nazirou

Le rรฉgime militaire malien a annoncรฉ ce vendredi le retrait de sa reconnaissance de la Rรฉpublique Arabe Sahraouie Dรฉmocratique (RASD). Prรฉsentรฉe comme une dรฉcision ยซ souveraine et rรฉflรฉchie ยป, cette rupture diplomatique soulรจve des interrogations sur la lรฉgitimitรฉ du pouvoir qui lโimpose et sur les intรฉrรชts quโelle sert.
Un revirement aprรจs 45 ans de constance
Le 10 avril 2026, le ministre des Affaires รฉtrangรจres Abdoulaye Diop a officialisรฉ ร Bamako la fin dโune position adoptรฉe depuis 1980. Aux cรดtรฉs de son homologue marocain Nasser Bourita, il a saluรฉ le plan dโautonomie du Maroc comme ยซ seule base sรฉrieuse et crรฉdible ยป pour rรฉsoudre le conflit. En contrepartie, Rabat a levรฉ lโAutorisation รlectronique de Voyage pour les Maliens et promis 300 bourses dโรฉtudes.
La ยซ souverainetรฉ ยป selon Assimi Goรฏta
Cette dรฉcision รฉmane dโun rรฉgime arrivรฉ au pouvoir par deux coups dโรtat et confirmรฉ en 2025 par un mandat prรฉsidentiel sans รฉlection. La junte, qui se rรฉclame dโun souverainisme offensif โ rupture avec la France, alliance avec la Russie, retrait de la CEDEAO โ รฉtouffe en rรฉalitรฉ toute vie politique : dissolution des partis, interdiction des rรฉunions, exil de figures religieuses, radiation dโofficiers. Le contraste est flagrant entre un discours de souverainetรฉ et une pratique autoritaire. Les avantages immรฉdiats obtenus auprรจs du Maroc โ bourses, facilitรฉs de voyage, promesse dโaccรจs ร lโAtlantique โ apparaissent comme une transaction plus que comme une conviction gรฉopolitique.
Une crise sรฉcuritaire hors de contrรดle
Pendant que Bamako cรฉlรฉbrait ce rapprochement, le terrain restait dominรฉ par le JNIM et lโEIGS. Les Forces Armรฉes Maliennes et leurs alliรฉs russes sont accusรฉs dโexactions contre les civils. Cinq ans aprรจs avoir fait de la sรฉcuritรฉ sa prioritรฉ, la junte nโa atteint aucun de ses objectifs. Aucun accord diplomatique ne peut masquer lโimpasse militaire qui frappe le centre et le nord du pays.
Un signal rรฉgional
Le Maroc poursuit mรฉthodiquement son isolement de la RASD, multipliant les ralliements. Mais le basculement du Mali, membre fondateur de lโAlliance des รtats du Sahel (AES), marque une รฉtape inรฉdite : un bloc qui se veut anti-impรฉrialiste rejoint la dynamique marocaine. Pour le Front Polisario et lโAlgรฉrie, cโest un revers stratรฉgique. Pour le Burkina Faso et le Niger, la question dโun alignement se posera tรดt ou tard.
Une lรฉgitimitรฉ contestรฉe
Le retrait du Mali est un fait diplomatique majeur. Mais il รฉmane dโun pouvoir non รฉlu, qui a supprimรฉ les libertรฉs fondamentales et gouverne sans calendrier รฉlectoral crรฉdible. La diplomatie devient un instrument de lรฉgitimation, faute dโurnes. La souverainetรฉ ne se dรฉcrรจte pas en confรฉrence de presse : elle se construit par des institutions responsables devant le peuple. Le Mali mรฉrite mieux quโune diplomatie de faรงade.

Par : 

Par : 









