
Le Mouvement raëlien ambitionne de construire, d’ici 2035, une « ambassade des Élohim » en Afrique, visant tout particulièrement le Burkina Faso ou l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette annonce spectaculaire, bien que largement relayée, doit être analysée à l’aune de la nature réelle de cette organisation, classée comme mouvement à caractère sectaire et dont le fondateur est actuellement au cœur d’une affaire judiciaire retentissante en France.
Le 17 juin 2026, le Mouvement raëlien du Burkina Faso (MRBF) a orchestré une série de conférences de presse internationales. Depuis Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, ainsi que par visioconférence depuis Abidjan-Cocody, les intervenants ont débattu des « impacts de la reconnaissance officielle de l’existence de civilisations extraterrestres ».
Selon le guide-évêque raëlien du Burkina Faso, Ditalamane Hebié, le mouvement projette depuis plusieurs décennies la construction d’une « ambassade » destinée à accueillir les « Élohim ». Dans la cosmogonie raëlienne, ces derniers sont des extraterrestres présentés comme les créateurs scientifiques de l’humanité. Le calendrier est fixé : l’infrastructure devrait voir le jour d’ici 2035, idéalement sur le sol burkinabè ou au sein de l’espace AES.

Ces déclarations s’inscrivent dans la campagne internationale « E.T. Embassy Month », lancée le 10 juin 2026. Le mouvement promet de révéler, d’ici la clôture de cette campagne le 11 juillet, l’avancement concret du projet et le pays retenu. Pour séduire les autorités locales, les porte-parole évoquent des retombées mirobolantes : transferts technologiques, essor touristique, investissements chiffrés en « milliers de milliards », et une protection spirituelle garante de « paix » et de « prospérité » pour des millénaires.
Un discours calqué sur les aspirations sahéliennes
Le choix du timing et du lieu ne doit rien au hasard. Bien que présent au Burkina Faso depuis 1980, le Mouvement raëlien ajuste sa communication à la rhétorique souverainiste en vogue sous l’ère du capitaine Ibrahim Traoré. Dès octobre 2023, les raëliens burkinabè avaient affiché leur soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES), tandis que le fondateur du mouvement, Claude Vorilhon (dit « Raël »), a publiquement exprimé son inclination pour le régime de Ouagadougou.
Les organisateurs surfent également sur l’actualité culturelle, s’appuyant notamment sur le film Disclosure Day de Steven Spielberg pour légitimer leurs thèses sur l’existence d’intelligences extraterrestres.
Le Mouvement raëlien : un profil controversé
Fondé en 1974 par Claude Vorilhon, ancien chanteur devenu « Raël », le mouvement prône une doctrine radicalement matérialiste qui rejette tout dieu créateur au profit d’une origine génétique extraterrestre. Le clonage y est érigé en voie vers l’immortalité. Si le mouvement revendique des dizaines de milliers d’adeptes (les responsables ivoiriens allant jusqu’à annoncer le chiffre de 250 000, un ordre de grandeur invérifiable), il fait l’objet d’une vigilance constante.
En France, le mouvement a été épinglé dès 1995 par une commission d’enquête parlementaire comme étant un mouvement à caractère sectaire. Aujourd’hui, il reste surveillé par la Miviludes et des associations comme l’UNADFI, qui dénoncent des mécanismes d’emprise mentale, des pressions financières et des pratiques sexuelles rituelles.
Plus grave encore, le fondateur fait face à des poursuites judiciaires majeures. En novembre 2025, Lydia Hadjara, une ancienne adepte, a déposé plainte pour viol, actes de torture et abus de faiblesse, alléguant avoir subi des sévices dès l’âge de 13 ans. Claude Vorilhon conteste ces faits et a engagé une procédure pour diffamation ; le procès est attendu pour 2026.
Un projet fantôme ?
L’idée d’une « ambassade des Élohim » est un leitmotiv raëlien depuis les années 1970. De nombreux pays ont été successivement présentés comme des hôtes potentiels, sans qu’aucune construction ne sorte jamais de terre, ni qu’aucun État n’accorde un quelconque statut diplomatique au mouvement.
Il est crucial de noter qu’à ce jour, aucune autorité burkinabè ou régionale n’a confirmé officiellement un accord ou une mise à disposition de terrain. Les informations circulant dans les médias ne proviennent exclusivement que des sources internes au mouvement.
Prochaine étape : Une nouvelle communication est prévue le 11 juillet 2026.
L’annonce : Le projet d’une « ambassade pour extraterrestres » a été officiellement réitéré le 17 juin 2026 à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Abidjan.
Réalité du projet : À ce stade, il s’agit d’une déclaration d’intention dépourvue de terrain identifié ou de validation étatique.
Contexte critique : L’organisation est classée comme dérive sectaire par plusieurs organismes de surveillance et son fondateur est visé par une plainte pour viol.
Entre manœuvre médiatique bien rodée et conviction sincère des adeptes, ce projet illustre avant tout une stratégie d’implantation audacieuse en Afrique de l’Ouest. Le mouvement utilise des leviers sensibles — souveraineté, technologie et panafricanisme, pour ancrer sa présence dans une région en pleine mutation politique.

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