
Une fois de plus, le Cameroun place le fait religieux sous les scellés. Suite à l’assassinat atroce d’une fillette de 11 ans dans le quartier de Nkolndongo, situé dans l’arrondissement de Yaoundé IV, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a pris une décision radicale : la fermeture de 1 400 églises de réveil sur l’ensemble du territoire national. La suspecte, fidèle de l’église « Vie et Paix au Cameroun », placée sous la responsabilité de son secrétaire général, l’Apôtre Philippe Obaker, a justifié son geste en invoquant l’emprise d’un « prophète » de sa congrégation.
Une mesure récurrente sous couvert de sécurité
Si cette annonce frappe les esprits, elle s’inscrit dans une politique lancée il y a dix-huit mois. Le ministre durcit les exigences : recensement des pasteurs sous 14 jours, formations obligatoires et création d’un fichier national. Pourtant, cette stratégie a déjà été déployée par le passé sans réussir à résorber le secteur informel.
Des avis tranchés sur le terrain
Interrogés par notre rédaction à Yaoundé et Douala, les citoyens partagent des avis divergents qui illustrent la complexité du problème :
- Le scepticisme face aux effets d’annonce : Certains observateurs locaux notent que ces mesures sont devenues une habitude gouvernementale sans lendemain. Ils soulignent que ces annonces, qui n’aboutissent jamais concrètement, créent des tensions au sein des familles, déchirées entre leur foi et les soupçons de pratiques occultes pesant parfois sur certains pasteurs. Pour eux, le problème de fond reste l’absence de régularisation efficace.
- L’appel à la fermeté : À l’inverse, d’autres citoyens soutiennent pleinement l’action du ministère. Face à la multiplication des dérives et des scandales, ils estiment que seule une application stricte et sans concession de ces mesures permettra de « faire le ménage » et de protéger les populations contre les abus de certains leaders religieux.
Le nœud du problème : un cadre légal inadapté
Au-delà de ces clivages, le système actuel, qui ne reconnaît qu’une cinquantaine d’associations pour des millions de fidèles, est jugé trop centralisé. En misant sur la contrainte plutôt que sur la réforme du cadre légal, l’État peine à offrir une alternative réelle à ces structures qui, malgré leurs dérives, occupent un vide laissé par les services publics en matière de cohésion sociale.
Une reprise en main politique
La société civile s’interroge : est-ce une réforme sécuritaire pérenne ou une simple manœuvre de contrôle ? Dans un climat où le pouvoir cherche à réaffirmer son autorité sur un paysage religieux qui lui échappe, ces fermetures à répétition apparaissent souvent comme une gestion par la menace plutôt que par la loi. Sans une refonte structurelle, le gouvernement risque de se heurter à la réalité du terrain et de devoir, dans quelques mois, réitérer les mêmes annonces.
Si le drame de Nkolndongo sert de déclencheur, la décision ravive une tension profonde entre un État coercitif et une population divisée entre le besoin de régulation et l’ancrage social de ces églises.
Avec la contribution de DKP / Correspondant Cameroun

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