
Le Sénat, l’une des dernières inventions du régime de l’ex-président Patrice Talon, s’apprête à être constitué le 30 juillet 2026. Aux dernières nouvelles, l’ancienne figure de proue de l’opposition et ancien président, Boni Yayi, serait prêt à y siéger.
Le président Boni Yayi a les pieds et poings liés quant à sa participation ou non au Sénat béninois. Farouchement opposé à cette « création » des dernières heures du régime de Patrice Talon, l’homme politique le plus populaire du Bénin s’apprête à ravaler sa vomissure. Après l’adoption de la nouvelle Constitution béninoise instaurant le Sénat, le 14 novembre 2025, Boni Yayi avait pourtant été catégorique : « Je ne saurais en aucun cas faire partie de cette institution comme membre de droit, ni cautionner un tel projet dont le dessein véritable semble être de modifier la nature même de notre régime politique », avait-il déclaré, mettant en garde contre une « dérive institutionnelle » qui pourrait « mettre en péril les acquis démocratiques chèrement obtenus ».
Mais aujourd’hui, en juillet 2026, l’ancien président n’a plus assez de marge de manœuvre. Plusieurs faits l’astreignent à revoir sa position et à revenir sur ses dires. Tout d’abord, Boni Yayi est contraint de siéger au Sénat pour des raisons de sécurité. En effet, privé de gardes du corps et de bien d’autres avantages liés à son rang, l’homme de Tchaourou bénéficiera à nouveau d’un service de sécurité adéquat, issu de l’armée béninoise. De quoi lui garantir une protection républicaine, puisqu’une protection privée ne peut faire le poids en cas d’attaque ou de tentative d’enlèvement perpétrée par des éléments officiels agissant officieusement. Ainsi, en siégeant au Sénat, l’ancien président renforcera sa sécurité.
Ensuite, Boni Yayi doit siéger pour se protéger lui-même et protéger sa famille. D’une part, son fils, Chabi Yayi, déjà contraint de soutenir le dauphin de Patrice Talon sans rien attendre en retour, risque d’être à tout moment inquiété par l’appareil judiciaire. Les motifs sont nombreux : affaire de tentative de coup d’État, ou encore gestion des affaires publiques entre 2006 et 2016. De même, l’affaire Claude Urbain Dangnivo, ayant refait surface devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), se présente comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Boni Yayi. Le crime présumé ayant été commis sous son mandat et ses anciens collaborateurs étant appelés à la barre, le risque qu’il soit lui-même cité ou incriminé est réel. Par coïncidence, l’ouverture de l’affaire devant la CRIET intervient au moment où des véhicules de police stationnent à intervalles réguliers à l’entrée de la rue menant à la maison de Boni Yayi, au quartier Cadjèhoun à Cotonou. Mieux, des patrouilles régulières sont observées dans le quartier et dans la rue depuis le début du procès, il y a environ quatre semaines.
Enfin, le président Boni Yayi est obligé de siéger au Sénat pour mieux connaître cette « pseudo-institution », afin d’en identifier les failles et de mieux la combattre. Car, ces dix dernières années, l’opposition béninoise a compris qu’en restant loin de la gouvernance, non seulement elle n’empêche rien, mais elle manque aussi d’informations pour mieux cerner la mouvance, anticiper ses coups et défendre les intérêts du peuple béninois.
Le Bénin entre dans une nouvelle phase de son histoire politique avec le Sénat, une phase parsemée d’inconnues. Bien malin qui dira de quoi demain sera fait. Et Boni Yayi le sait bien.

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