Le pouvoir militaire nigérien a annoncé en fanfare une baisse de 30 % du service de la dette intérieure pour 2026, présentée comme une avancée majeure. Une analyse des chiffres révèle pourtant une réalité bien différente ; il s’agit en réalité d’un rééchelonnement présenté comme un désendettement.
Dans les faits, environ 600 milliards de FCFA ont été reportés sur des échéances de 2, 3 et 5 ans, assortis d’un taux d’intérêt de 9,7 %.
Ce mécanisme ne constitue pas un remboursement, mais un report de paiement, majoré d’intérêts substantiels. Autrement dit, la charge n’est pas allégée : elle est transférée, avec un coût supplémentaire, aux prochaines échéances budgétaires, et donc aux futurs gouvernants comme au peuple nigérien. En français facile, le CNSP fuit ses responsabilités et les délègue aux générations futures.
L’analyse de l’économiste Saraounia Hassane apporte un éclairage plus large sur ce dossier.
Pour ma part, au-delà du dossier de la dette, une question centrale demeure sans réponse officielle : où sont alors affectées les ressources financières du pays ?
Plusieurs indicateurs témoignent pourtant d’une capacité budgétaire renforcée depuis 2024 :
Les revenus pétroliers ont été multipliés par quatre depuis 2024.
Les recettes fiscales et douanières ont également progressé, au vu de la hausse des taxes et impôts rehaussés.
Le Niger continue de bénéficier de financements du FMI, de la Banque mondiale et d’autres partenaires internationaux.
Mais paradoxalement, dans le même temps, les salaires ont diminué, une partie des prélèvements étant réorientée vers le Fonds de solidarité nationale, auquel les citoyens sont désormais contraints de cotiser via divers services.
Malgré cette hausse conjuguée des recettes intérieures et des appuis extérieurs, les conditions de vie de la population nigérienne continuent de se dégrader. Aucun indicateur ne permet d’établir un usage constaté des ressources du pays ; un bilan sans aucune réalisation tangible :
Aucun recrutement significatif dans la fonction publique. Aucune création d’emplois d’ampleur.
Aucune infrastructure majeure livrée : ni hôpital, ni école, ni route, etc.
Aucun remboursement effectif de la dette.
Des mois d’arriérés de pécules pour les enseignants, des mois d’arriérés de bourses pour les étudiants et des mois d’arriérés de pensions pour les retraités.
Une exigence de redevabilité
Plus de recettes pétrolières, plus de recettes fiscales, plus de financements internationaux et pourtant, aucun résultat tangible pour la population. Ce contraste appelle une clarification de la part des autorités sur l’utilisation des fonds publics.
La question reste posée, et elle engage l’ensemble des citoyens nigériens : Général Tiani, où va l’argent du Niger ?
Juriste, militante démocrate et figure symbolique, première femme apatride du Niger. Actuellement basée en France, elle se consacre à la défense et à la protection juridique des mineurs isolés étrangers (MIE).
Média d'information dédié à l'analyse approfondie du continent. Notre mission : offrir un regard libre, indépendant et rigoureux sur les enjeux d'une Afrique en pleine mutation.