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Niger : Tiani s’enrôle pour un passeport, le peuple attend toujours ses élections

Abdourahamane Tiani enrôlé pour le passeport biométrique, jeudi 16 juillet 2026. © Présidence de la République du Niger.

Un doigt posé sur un scanner, un sourire pour la photo officielle : jeudi 16 juillet 2026, le général d’armée Abdourahamane Tiani est devenu le tout premier citoyen enrôlé pour le nouveau passeport biométrique de l’AES, conforme aux normes communes adoptées à Bamako en octobre 2024. Un document présenté en grande pompe comme le symbole de la « souveraineté numérique » du Niger. Mais à force de vitrines technologiques, le régime militaire ne finirait-il pas par masquer l’essentiel : où est passée la promesse d’une nation libérée, quand le seul changement notoire en trois ans est le passage du bulletin de vote au scanner biométrique ?

Cinq passeports, zéro élection

Le nouveau dispositif prévoit cinq catégories de documents — ordinaire, service, diplomatique, Hadj et réfugié, produits avec l’appui technique de la société Al Itissal Al Jadeed et de son partenaire local, Hasdi. Une modernisation bienvenue sur le papier, dans la continuité de la carte nationale d’identité biométrique lancée en mars 2026, facturée 4 500 F CFA et valable cinq ans. Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré avait ouvert le bal dès décembre 2025 avec sa propre carte AES, dans une logique confédérale assumée.

Mais ce chantier administratif avance à un rythme que la transition politique, elle, ne connaît pas. En mars 2026, Tiani a été investi président de transition sans le moindre scrutin, consolidant un peu plus son emprise sur le pouvoir. Alors qu’en 2023 la junte promettait un retour à l’ordre constitutionnel sous trois ans, une « Charte de la Refondation » est venue institutionnaliser un régime militaire pensé pour durer, avec une transition désormais prolongée pour au moins cinq ans supplémentaires.

La sécurité, grande absente du récit officiel

Pendant que Niamey communique sur ses puces électroniques, le Sahel brûle toujours. Dans la région de Tillabéri et aux frontières avec le Mali et le Burkina Faso, les violences imputées à l’État islamique au Sahel, au JNIM (affilié à Al-Qaïda) et à Boko Haram continuent de mettre les civils en danger, des populations dénonçant des alertes d’attaques restées sans réponse militaire. L’ancien président Mohamed Bazoum, quant à lui, reste détenu au palais présidentiel depuis le coup d’État de juillet 2023, sans accès à ses avocats.

Un partenaire libyen à l’origine douteuse ?

Autre zone d’ombre : le prestataire retenu, Al Itissal Al Jadeed, est une société libyenne dirigée par Wissal Samlali, choisie via un accord de partenariat public-privé signé en juin 2025 pour financer, construire et exploiter tout le système de passeports et de cartes d’identité biométriques du Niger. Or, la Libye reste, quatorze ans après la chute de Kadhafi, un pays scindé entre deux pouvoirs rivaux : le Gouvernement d’Unité Nationale (GUN) de Tripoli, reconnu par l’ONU, et une administration concurrente à l’Est, adossée au maréchal Haftar. Ce contexte d’institutions fracturées et de justice à deux vitesses soulève une question de fond : confier les données biométriques de millions de Nigériens à un opérateur issu d’un État aussi instable, sans qu’aucun audit indépendant du contrat n’ait été rendu public, offre-t-il les garanties de fiabilité nécessaires ? Qui contrôle réellement l’entreprise ?

Le calendrier interroge tout autant. Un mois avant l’enrôlement présidentiel, le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine effectuait, le 15 juin 2026, une visite officielle à Tripoli auprès du chef du GUN, Abdel Hamid Dbeibah, accompagné d’un général du CNSP, après la réception, en avril, du chef de la diplomatie libyenne à Niamey. Un ballet diplomatique accéléré, en parfaite synchronie avec le déploiement du passeport biométrique, qui nourrit les interrogations sur la nature exacte des liens entre ce rapprochement politique et l’attribution du contrat. Sahel d’Afrique n’a, à ce stade, connaissance d’aucune preuve de malversation ; mais l’absence de transparence contractuelle justifie que la question soit posée et documentée.
Un totem qui ne remplace pas un bulletin de vote

Difficile, dans ce contexte, de ne pas lire l’enrôlement présidentiel du 16 juillet comme un coup de communication habile plutôt que comme une avancée démocratique. Un passeport, aussi sécurisé soit-il, ne protège pas un village attaqué, ne juge pas un ancien président détenu sans procès et ne fixe aucune date d’élection. La souveraineté numérique s’affiche ; la souveraineté populaire, elle, continue d’attendre.

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